Il arrive que des personnes soient en couple et vivent ce lien avec une grande souffrance... Vous avez tous dèjà entendu se plaindre des ami(e)s de leur conjoint. Cependant souvent ces individus bien qu'en grande souffrance psychique restent avec leur conjoint. Comment peut-on expliquer ce phénomène?
Un couple qui va mal
Le couple est structuré de deux individus en
lien, qui créent une relation entre leurs psychismes. Le couple est
une relation dyadique elle-même en lien avec d’autres relations
dyadiques familiales. Nous nous intéresserons plus précisément au
lien d’alliance, qui est le lien entre le mari et sa femme. Selon
C. Lévi Strauss (1949) c’est le seul lien qui n’est que pure
actualité, n’impliquant ni le passé, ni l’avenir.
Le lien d’alliance fait appel à un lien narcissique dominé par l’investissement narcissique commun à toute liaison humaine mais aussi à un lien objectal dominé par l’investissement d’objet. Le lien narcissique débute dans les prémices du sentiment d’amour. On peut observer ces manifestations par la fusion qui est la base de tout lien, mais aussi par le soi des conjoints, qui représente alors l’idéal du moi groupal des conjoints. Les liens objectaux font la relation entre la représentation inconsciente de l’autre par rapport à l’autre réel. Ces deux types de liens fonctionnent de façon conjuguée et s’articulent entre les partenaires au travers de l’identification projective ou de l’interaction. Ils contribueraient à la solidité et à la permanence de l’alliance. Selon J. Lemaire (2007), le lien de couple n’est pas seulement une relation d’objet intrapsychique, mais aussi un processus interactif étayé sur les pulsions d’attachement et d’emprise de chaque partenaire. Dans le lien de couple il y a donc bien des spécificités.
D’après W. Bion, tout lien renvoie au lien primaire mère-nourrisson. C’est pourquoi le lien amoureux adulte se développe en reproduisant en partie les premières relations affectives avec son enveloppe maternelle. Selon D. Anzieu « chacun des partenaires a pu être dans son enfance très dépendant, bien que de façon différente, de l’image maternelle et n’a pu se séparer de sa famille d’origine qu’en emportant avec lui la peau imaginaire de cette mère. Leur couple s’enveloppe dans ces deux peaux imaginaires maternelles». Ainsi l’appareil psychique du couple est par essence groupal.
Selon Blassel (2002) la fragilité d’un couple peut s’observer par le déséquilibre entre les liens narcissiques et les liens libidinaux d’objet. Si les liens narcissiques «envahissent» ou «parasitent» les liens libidinaux, comme chez les couples narcissiques, très fusionnés où les partenaires s’ignorent l’un l’autre. Les différenciations qui apportent la groupalité interactive font défaut (Bleger, 1980, et Eiguer, 1983)
Soit les liens libidinaux d’objet prennent le dessus sur les liens narcissiques, comme chez les couples ou l’imago parentale, les mythes familiaux ou les délégations (missions à accomplir) induites par des membres des familles d’origines rendent le couple sans identité contenante. L’identité du couple, désinvestie, au bénéfice de l’autre transgénérationnel, trop idéalisé ou trop persécuteur. Soit les liens narcissiques prennent le dessus donnant lieu à des couples en fusion, où les individus s’ignorent l’un l’autre.
Les psychologues sont de ceux qui tente d'imaginer sans cesse des hypothéses de ce qui peut se passer dans le monde fantasmatique des individus pour qu'il fasse telle ou telle choix. Ainsi d'un point de vue fantasmatique on peut parler pour les couples qui sont mal ensemble de
Sentiment d’étouffement ou conduite de fuite, les narcissismes des deux membres du couple fusionnent et défusionnent perpétuellement afin de trouver la bonne distance. Eiguer (1998) parlera d’un sentiment claustrophobique insupportable: celui-ci serait dû à une crainte du rapprochement des deux narcissismes individuels. L’autre serait ressenti comme l’agent de la pulsion, comme étant la cause de tous les dérèglements qui risquent de perturber l’équilibre narcissique du sujet. L’autre est vécu comme facteur d’excitation, comme la source même de la pulsion. Cette angoisse peut prendre la forme fantasmatique de la dévoration, l’autre étant vu comme une bouche ouverte et avide. Lorsqu’il s’agit d’angoisse du rapprochement, ce fantasme se lie et s’ajoute à la pulsion comme moyen d’atténuer la tempête émotionnelle. Il existe un conflit si la voracité est réciproque, si le conjoint fonctionne sur le mode de l’étayage.
L’angoisse claustrophobie est une sensation d’étouffement à l’égard du lien, parfois doublée d’angoisse agoraphobique chez l’autre partenaire. Tout lien extérieur au couple est ressenti comme troublant. On projette sur l’alliance des sentiments de castration ou des fantasmes d’étreinte intra-utérine alors qu’on s’attend à y retrouver la béatitude amniotique. L’angoisse de rapprochement est l’expression révoltée, le «Je ne veux pas de l’engagement inévitable qui soude deux partenaires : je ne veux pas ce que mon esprit cherche, la fusion ». Une autre force de ces relations c’est l’inter narcissisme, c’est la conséquence de l’entraînement dans le rapprochement constitutif de la relation. Il existe un concept proche, celui du combat entre les deux narcissismes individuels ( Satir et Liendo, 1980).
Chaque partenaire aurait envie d’imposer à l’autre son style, ses principes de vie et son modèle objectal inconscient. Confrontation douloureuse car le narcissisme apparaît lié à une dette envers ses parents et leur relation sentimentale. C’est une tentative d’éviter le partage de fantasmes et de composantes du moi des deux partenaires. Eiguer nous montre l’existence de cette lutte entre deux narcissismes. C’est comme ci chacun vivait dans sa coquille narcissique. Le conjoint pouvant exister qu’en tant que cible tel un écran projectif.
Publié le 28/10/2009 Par Cindy


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Mercredi 28 Octobre 2009

