Le couple, trouver son conjoint, comment fait-on son choix?

Mercredi 28 Octobre 2009


On parle souvent du coup de foudre ou de la destinée lorsque l'on commente le jour de la rencontre avec le conjoint. Que se passe t-il le jour de cette rencontre? Peut-on parler de destinée?

D’un point de vue plus structurel, l’interdit de l’inceste force tous les individus à créer des liens en dehors de leurs familles d’origine (Freud, 1913). Ainsi toute personne appartient au moins à deux familles nucléaires : « sa famille d’orientation » celle qui l’a vu naître, et « sa famille de procréation », celle qu’il a fondée en se mariant. C’est ce qui crée le système de parenté.

Cependant nous ne nous attarderons pas sur ces phénomènes sociologiques, mais nous allons approfondir les théories psychanalytiques sur ce thème. On a pu observer dans l’histoire de la psychologie une évolution dans la théorie de choix d’objet. Tout d’abord S. Freud l’a étudié dès 1905 : dans les trois essais, il parlait du choix par étayage. Aimer soit la femme qui nourrit, soit l’homme qui protège. A ce premier type de choix S. Freud oppose plus tard, en 1915 le choix d’objet narcissique appuyé sur la relation du sujet à lui-même. Suivant ce modèle, on aime ce qu’on est soi même, ce qu’on a été, ce que l’on voudrait être. Il s’agit donc d’une image de ce que l’on voudrait être, ou de l’idéal du moi. Le fantasme apparaît fondamental dans l’organisation du choix amoureux.

Cependant le choix amoureux demande une réciprocité et donc une satisfaction symétrique ou complémentaire entre les conjoints. De plus, le choix du conjoint peut être influencé plus ou moins massivement par les imagos parentaux. C’est à dire par les représentations non conscientes que l’on a de nos parents. Ainsi on peut observer chez certains couples que les désirs œdipiens refoulés sont très actifs. Parfois il essaie de rechercher le négatif de ses parents.

Cette théorie fut retravaillée par J-G. Lemaire (1979) et complétée. Nous ne détaillerons pas ici les différentes structurations de couple. Nous nous limiterons à la définition de J. Lemaire concernant le choix défensif du conjoint. Le choix premier met en évidence l’intrication des défenses de chacun et leur collusion pour combler les manques. On pourra observer l’attente implicite de chaque sujet au moment du choix, et ce contre quoi il se protégeait sans le savoir en « préférant » spontanément son partenaire. C’est ainsi que l’individu va avoir un attrait pour un autre sujet qui a une porosité de ses propres limites situées aux mêmes « endroits. » C’est entre ces deux surfaces poreuses que vont s’établir des échanges et où quelque chose du moi de l’un et quelque chose du moi de l’autre vont s’interpénétrer.

selon J. Willi (1978), l’attirance des partenaires s’explique par un conflit inconscient profond, de même nature. L’un et l’autre posséderaient les mêmes conflits mais ils y répondraient par des mécanismes de défenses différents c’est ce qui est la base de l’attirance. Ainsi le conjoint est choisi comme une défense contre ses conflits.

Si l’on reprend la définition de J. Willi, la collusion est un « jeu commun inavoué, gardé mutuellement secret, entre deux ou plusieurs partenaires, sur la base d’un conflit profond de même nature qui n’a pas été résolu. Le conflit fondamental non résolu est exprimé dans des rôles différents qui font naître l’impression que l’un des partenaires est exactement le contraire de l’autre, alors qu’il ne s’agit là que de variante polarisée du même comportement »1 Ceci nous permet de préciser les rôles joués par les deux partenaires afin de rechercher la guérison de leur moi. Ainsi les individus vivent avec les mêmes problématiques internes. Un individu prendra la place du fort pseudo-adulte sur un mode progressif, de surcompensation. L’autre aura un rôle de faible sur un mode régressif qui consiste à retourner à un stade antérieur. Cela donne l’impression de deux personnalités opposées alors qu’en fait les deux luttent contre un même fantasme inconscient.

Un partenaire peut avoir une problématique particulière de par son vécu antérieur (par exemple une femme ayant eu une enfance malheureuse, trouvera des hommes de caractère sadique) cette problématique va dans la mise en couple, pouvoir réveiller des pulsions masochiques latentes chez ses futurs compagnons. Ainsi la liaison amoureuse créée d’importantes modifications en réveillant chez chacun des partenaires des pulsions refoulées.

Dans le psychisme individuel on peut observer un remaniement de l’identité lors de la mise en couple. La notion de « Moi conjugal » montre que notre identité personnelle change lorsqu’on est en couple prenant la forme d’un « Moi conjugal » (F. De Singly, 2005). Il s’agit d’une refonte de l’identité antérieure. Ainsi les individus modifient plus ou moins leurs comportements en répondant aux demandes et aux attentes de leurs proches. En présence et en l’absence du conjoint, l’individu oscille entre plusieurs formes identitaires, le « soi seul », le « soi avec les proches, non contrôlés par la famille » et le soi « avec les membres de la famille ». Selon J. Lemaire (1979), la constitution du couple se fait autour des zones mal définies du Soi. Il reprend l’idée que les individus ne sont pas totalement définis, ils n’ont pas une identité et une limite rigides. Ils n’ont pas toujours accès au sentiment de leur totale intégrité ni de leur unicité absolue. Nous allons à présent nous centrer sur le thème récurent qu’implique notre hypothèse, le narcissisme.

Le narcissisme se définit par l’amour de soi même, en souvenir du mythe de Narcisse (Ovide, an 1 après J.C.). Il s’agit en fait de l’investissement du moi par la libido. Ainsi on introduit dans son moi des pulsions libidinales. Chaque individu investi ce narcissisme et vit un conflit dès le début de la vie. C’est en fait, une tentative de combler le vide entre le moi et l’idéal du moi, entre la représentation inconsciente de ce que nous sommes, et la représentation de l’idéal que nous aimerions être. Il y a bien une volonté de se rapprocher le plus possible de son idéal du moi. Le conflit du narcissisme primaire montre une nécessité de se différencier pour être.

  1. 1 Willi, Jürg. (1978,1982). La relation de couple. Neuchâtel-Paris : Delachaux et Niestlé, p. 16, 31, 57, 157, 161 162 et 182.



Publié le 28/10/2009 Par Cindy
 

Commentaires

Pas de commentaire

Laisser un commentaire

 Suivez nos actus

Participer a une étude

Etude sur les parents éprouvant des difficultés avec leurs enfants pendant l'adolescence
Dans le cadre de mon master de recherche, je cherche à contacter des couples qui se disent en grande difficulté à cause de leurs enfants adolescents. L'idée est de réfléchir à des contacts autour de vous, de prèt ou de loin qui se plaignent de violences de la part de leurs adolescents (insultes, agréssivité..).
(Adolescent entre 11 et 18 ans environ)
Demander à participer

Demander à ajouter une étude