Quand la paralysie par la grève de la Fac fait prendre toute la mesure de sa contenance psychique.

Mercredi 28 Octobre 2009


La grève, telle que je l’ai vécu en tant qu’étudiant, a été l’occasion de faire l’expérience de ce que représente sous ses multiples aspects le groupe comme enveloppe. Je dis sous ses multiples aspects car la variétés des situations et des éprouvés qui ont accompagné les différentes expériences auxquelles j’ai été confronté et les réactions que ces expériences ont suscité chez moi...

Quand la paralysie par la grève de la Fac fait prendre toute la mesure de sa contenance psychique.

La grève, telle que je l’ai vécu en tant qu’étudiant, a été l’occasion de faire l’expérience de ce que représente sous ses multiples aspects le groupe comme enveloppe. Je dis sous ses multiples aspects car la variétés des situations et des éprouvés qui ont accompagné les différentes expériences auxquelles j’ai été confronté et les réactions que ces expériences ont suscité chez moi, permettent de prendre la mesure de la richesse des mouvements et des phénomènes psychiques qui sont à l’œuvre lorsque les groupes se dérobent et qui témoignent à la fois de la réalité de l’enveloppe groupale, de ses qualités et du besoin auquel elle répond pour notre santé psychique.

Il se trouve que j’ai la chance d’accomplir un stage dans d’excellentes conditions, compte tenu de la qualité de l’environnement dans laquelle je suis et des apprentissages de toutes sortes qu’il rend possible. Le début de la grève a été pour moi l’occasion de d’avantage investir mon stage. Je n’y ai pas augmenté ma présence, ce qui était matériellement impossible, j’ai mis plus de moi-même en intensité, c’est à dire en participation à la vie de l’unité de soin et en particulier aux réunions, j’ai plus que je ne le faisais recherché à faire des entretiens, d’avantage observé les patients et le fonctionnement de l’institution pris d’avantage de notes et rassemblé un matériel qui va bien au-delà de ce dont j’ai besoin pour mon mémoire ( excès de matériel qui d’ailleurs m’embarrasse !). Sans que je l’analyse comme tel au début du mouvement de grève, ce déplacement d’investissement me permettait d’être insensible à la privation du groupe GRI , groupe « enveloppe » doté des qualités de contenance, de narcissisation, de transformation et de respiration avec l’extérieur. J’attribuais au début mon plaisir d’investir d’avantage mon stage, à la fois à la qualité déjà évoquée de ce que je pouvais y prendre et à ma plus grande disponibilité. Ce n’est qu’au bout de quelques semaines que j’ai explicitement réalisé que mon déplacement d’investissement sur mon stage était en grande partie destiné à satisfaire mon besoin d’une autre enveloppe groupale.

Au début de la grève, j’allais le Lundi et Mardi au Centre Henri Piéron pour à la fois prendre la température et participer aux A.G. Mais ces visites me sont devenues de plus en plus désagréables. J’ai compris en échangeant avec mes jeunes camarades que nous partagions les mêmes sentiments. L’explication ? Elle ne m’est pas venue tout de suite, mais j’ai compris que l’ordre qui vertèbre et caractérise chaque institution et sans lequel elle est dépourvue de ses vertus contenantes et rassurantes- vertus qui permettent à chacun de ses membres d’y trouver une part de son identité- cet ordre avait disparu et avec cette disparition l’institution n’assurait plus ses fonctions psychiques. Les AG étaient des moments doublement éprouvants. Non seulement la pensée au sens d’une élaboration d’idées et de vrais débats en était totalement absente. Les intervenants échangeaient des invectives et des harangues sans écouter le moins du monde les arguments des autres, de sorte que plus la tension montait moins il y avait de place pour la pensée. C’est dans les amphithéâtres, cadres hautement chargés de symboles et en principe réservés à la transmission du savoir, que se déroulaient ces joutes de « non-pensée », pour reprendre une formulation à la Racamier. Nous n’étions pas uniquement privés de savoir ou de cadre mais aussi torturé par le spectacle douloureux d’un amphithéâtre qui nous renvoyait le négatif des valeurs universitaires. L’institution désorganisée et dont on ne percevait plus ses « valeurs instituantes » pour reprendre une expression de JC Rouchy, ne pouvait plus remplir ses fonctions d’enveloppe. Une exception insolite à ce sentiment de malaise : la bibliothèque qui conservait ses vertus apaisantes, signe -rassurant- que l’institution était toujours vivante.

Si je n’avais pas été sensible à la privation du groupe en tant qu’enveloppe avec les qualités telles que je les ai évoquées plus haut j’aurais fait d’autres choix que ceux qui ont été les miens. Je me serais par exemple d’avantage investi dans un apprentissage individuel à travers la lecture des cours ou des ouvrages qui nous étaient recommandés. Or je n’ai pas profité de la grève pour intensifier les lectures que j’avais entamées. Au contraire. Cet exercice m’était trop difficile. Je me suis contenté pour l’essentiel de relire les chapitres qui m’avaient intéressé. Mon narcissisme éprouvé me laissait dépourvu d’énergie pour investir un savoir qui répondait aux attentes d’une université « mauvais sein ».

Mais j’ai par contre, comme beaucoup de mes jeunes camarades, et avec eux, reconstitué autour de notre formation GRI une activité groupale.

J’ai investi le groupe de travail sur les auteurs avec une intensité bien supérieure à ce que ce projet justifiait dans l’absolu. Le travail que nous avons accomplis- et dont le résultat nous comble- était, nous nous en rendons compte tous les cinq, bien plus destiné à reconstituer une enveloppe groupale universitaire qu’à explorer les hypothèses et travaux d’Harold Bridger, au demeurant très intéressants. Les bénéfices psychiques que nous avons tirés de cette reconstitution groupale, bénéfices qui nous ont remobilisé, nous ont permis s’il en était besoin de vérifier à quel point nous sommes groupaux, à quel point la privation du groupe d’appartenance est une blessure narcissique et est déprimante, à quel point nous avons besoin de ces moments gratifiants et stimulants de la co-création groupale, moments sources d’émotions et d’illusions groupales tempérées qui permettent de maintenir le cercle vertueux de l’action et de la pensée. C’est à la fois parce que le groupe est libidinalement investi et qu’il nous envoi en retour des gratifications narcissiques que notre énergie et notre capacité intellectuelle peuvent être mobilisées.

C’est pour ces mêmes raisons de manque, qu’une initiative a été prise par certains d’entre nous de nous réunir pour travailler ensemble sur le contrôle continu de GRI 3, au motif/prétexte que le sujet était difficile à traiter et que partager nos réflexions pouvait nous aider.

Or qu’avons-nous constaté au cours de ces rassemblements ? En premier lieu que nous avions un immense plaisir à nous retrouver, mais aussi que notre capacité à penser et à élaborer la problématique qui était l’objet du devoir était décuplée grâce à la réalité groupale que nous avions reconstituée. L’enveloppe ainsi rétablie, les propriétés de contenance et de transformation du groupe étaient à l’œuvre et permettaient un véritable travail d’élaboration de la tache. Nous avons réalisé que ce n’était pas le sujet qui était difficile, mais que pour être mobilisé de façon optimale, notre énergie avait besoin, à défaut de l’enveloppe institutionnelle, d’une enveloppe groupale.

Nous avons fait l’expérience, par la privation dont nous avons été l’objet et la nécessaire reconstitution à laquelle cette privation nous a conduit, du besoin auquel le groupe enveloppe répond et de ses vertus.

L’une d’entre elle dont je n’ai pas parlé est l’apaisement que procure le groupe retrouvé. Peut-on suggérer qu’il y aurait dans cette vertu apaisante la trace de l’expérience du groupe primaire retrouvée lorsque, après une privation, on retrouve le groupe secondaire. Il y aurait comme les effets apaisants des retrouvailles avec sa famille après une absence un peu longue ?

Dominique Ould-Ferhat

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Publié le 28/10/2009 Par Cindy
 

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