A 10h30, le club ouvre ses portes, petit à petit les patients rentrent. On fait du café et les soignants initient le dialogue. On se met à parler de la pluie et du beau temps, des activités du dernier weekend, des activités au CATTP durant la semaine. Il y a deux psychologues : un homme et une femme, une infirmière et une stagiaire, les autres personnes sont des patients. Les gens se connaissent de longue date. Certains patients font la bise aux soignants, d’autres serrent les mains. Le vouvoiement est le plus fréquent mais certains soignants tutoient quand ils connaissent bien les patients. Tout le monde se retrouve autour de la table pour partager un café et souvent des petits gâteaux que l’infirmière a ramenés...
A 10h30, le club ouvre ses portes, petit à petit, les patients rentrent.
On fait du café et les soignants initient le dialogue. On se met à parler de la pluie et du beau temps, des activités du dernier weekend, des activités au CATTP durant la semaine. Il y a deux psychologues : un homme et une femme, une infirmière et une stagiaire, les autres personnes sont des patients. Les gens se connaissent de longue date. Certains patients font la bise aux soignants, d’autres serrent les mains. Le vouvoiement est le plus fréquent mais certains soignants tutoient quand ils connaissent bien les patients. Tout le monde se retrouve autour de la table pour partager un café et souvent des petits gâteaux que l’infirmière a ramenés.
Un patient délirant entre et attaque les soignants. Il dit qu’on a essayé de l’empoisonner. Il reste sur le pas de la porte comme s’il allait partir en courant. Le psychologue lui parle calmement. Ainsi il arrive à le faire s’asseoir en lui proposant un café et en lui demandant comment ça va avec son vélo. Le patient se met à converser avec le psychologue : de voyage, de musique, des activités qu’il aime. Finalement il semble s’apaiser.
Ce patient me regarde et se met à parler avec moi, il change de chaise pour s’asseoir tout à coté de moi. Une autre patiente arrive, elle semble bouleversée, pétillante, elle parle très vite. Toutes les conversations sont interrompues, elle est au centre des attentions. Elle se met à parler de ses vêtements, et de la difficulté qu’elle a eu à choisir ses vêtements le matin. Elle parle très fort et cherche le regard de l’autre. Puis quelqu’un d’autre ouvre la porte, il fait la bise et serre la main, il parle à la psychologue. Il parle très fort finalement ça devient la cacophonie. La psychologue lui demande de parler moins fort. Ensuite il vient s’asseoir près de moi. Il est d'emblée très proche et à chaque fin de phrase il me touche le genou ou l’épaule. Je me sens vraiment intrusée, je lui demande de faire attention car ça me gêne. Il répond qu’il ne fait pas exprès. Puis il continue et il rapproche sa tête tout près de moi. Il est délirant et m’explique qu' il a le pouvoir de se réincarner toute les secondes. Il me dit que je suis sa fille et qu’il va me protéger. Je lui réponds que je ne suis pas sa fille, que je suis une psychologue et que c’est mon travail d’aider les gens. Après ces dires, il s’emporte et m’insulte, « c’est moi qui suit ton père, tu n’as pas à me dire qui je suis… » Ses propos s’en mêlent.Une femme qui était déjà là profite de ma position debout près de la cuisine pour me caresser le visage, elle se met à me faire des compliments sur mes cheveux. Finalement je lui dis que ça me dérange elle répond : " c’est bon je ne suis pas lesbienne quand même ". Elle repart s’asseoir auprès d’une autre patiente. Les psychologues entre eux parlent de cinéma, des patients écoutent, d’autres parlent entre eux ou aux stagiaires. Et enfin la psychologue annonce qu’il est 12H et que l’on se retrouvera à 13h pour faire un scrabble.
Cette illustration montre les difficultés que cette pratique du club peut poser. En effet bien que la place soignants-patients soit posée, il y a une grande proximité physique dans ce lieu.
Les gens s’assoient où ils le souhaitent et sont souvent à un endroit très proche des soignants. Le fait de boire le café avec les patients et de parler de tout et de rien, implique de parler d’éléments qui viennent de soi. Ainsi il y a dans ce contexte une réelle implication personnelle dans la relation à l’autre.
Certains patients comme pour vérifier notre contenance viennent attaquer le cadre où ils peuvent nous toucher réellement, comme c’est le cas dans cette illustration.
Comme dans une recherche de limites, pour eux, il est difficile de savoir où sont leurs propres limites. Pour le psychologue il est aussi compliqué d'arriver à situer ces limites. Poser un cadre d'emblée peut être compliqué et briser le lien qui s’est créé. Comme on le voit dans cet exemple de l’homme qui finalement m’insulte quand je repose mon cadre de psychologue. Dans cette situation je pense avoir trop rapidement mis des limites, et je pense qu’il fallait quelque part « se laisser avoir » se laisser « manger » en partie afin d’être considéré comme un bon objet. En mettant des limites d'emblée je devenais la mauvaise mère qui abandonne l’enfant, et je mettais à mal le délire de cette personne qui se pensait tout puissant. Finalement pour être dans le soin il eut fallu que je respecte plus ces défenses en laissant un peu de coté mon cadre.
Cependant des attitudes telles que la femme qui caresse le visage d’une soignante montre qu’il est quand même parfois important de mettre des limites afin de rester dans le soin, en étant contenant pour le patient. Cet exemple pose les jalons de la différenciation entre une bienveillance laxiste et les limites à poser. Cette distance à poser est aussi en lien avec le contre transfert du psychologue. Selon ces projections et les émotions réactivées, il pourra plus ou moins se « laisser avoir » et plus ou moins mettre de la distance.
Cindy V.


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Vendredi 22 Janvier 2010


Posté le Dimanche 14 Février 2010 à 17:19:30
bonjour ,
j'ai un mémoire à faire sur le tutoiement soigné/ soignant ! et je ne trouve rien à part le tutoiement soignant/soigné ! auriez vous des références afin de m'aider !
merci d'avance