Positionnement entre patient et soignant

Lundi 29 Octobre 2012


Différents auteurs ont discuté autour de la question de la relation entre patient et soignant. Il est intéressant de revenir aux fondements de la psychanalyse. Ferenczi rapporte de Freud des idées telles que : « Pour l’analysé, le médecin doit demeurer impénétrable et, à la manière d’un miroir, ne faire que refléter ce qu’on lui montre »...

Différents auteurs ont discuté autour de la question de la relation entre patient et soignant.

Il est intéressant de revenir aux fondements de la psychanalyse.

Ferenczi rapporte de Freud des idées telles que : « Pour l’analysé, le médecin doit demeurer impénétrable et, à la manière d’un miroir, ne faire que refléter ce qu’on lui montre ».

Ceci me semble en lien avec la différenciation très marquée entre patients-soignants que j’ai pu constater au club. L’asymétrie était si grande que le fait que ces patients puissent avoir une autre identité semblait impossible. Comme s’ils étaient considérés comme venant d’une autre planète. La psychose a déjà tendance à créer cet effet de clivage dans la relation à l’autre. Par les délires, les psychotiques fuient la réalité de la relation, en pensant être dans la toute-puissance. Cette attitude des soignants me semblait donc renforcer le symptôme au lieu de le réduire.

Dans son Journal clinique, Ferenczi rapporte des propos tendancieux tenus par Freud en 1932: « Les patients ne sont bons qu’à nous faire vivre, et ils sont du matériel pour apprendre. Nous ne pouvons pas les aider, de toute façon. ». Ferenczi s’est interrogé sur cette position des analystes, qui tendent à nier la potentialité d’évolution des patients. Les critiques de Ferenczi me font penser à ce que j’ai pu ressentir dans un de mes lieux de stage où les patients psychotiques étaient vus comme incurables. La théorie structuraliste de la psyché ne permettant pas d’imaginer de la résilience ou un rétablissement sur du long terme. Ceci est contre mon idée du soin et du thérapeutique. Selon moi il est important qu’au travers de n’importe quelle théorie on croit à la potentialité de changement de l’individu quelle que soit sa pathologie.

Du fait de cette distance instaurée par Freud, Ferenczi s’est positionné comme un analyste novateur en instaurant l’analyse mutuelle. Celle-ci était pensée comme une situation de confiance mutuelle, mettant à bas la position de supériorité de l'analyste. Ainsi l'analyste et le patient devaient finir par partager les mêmes outils théoriques et techniques pour se soigner mutuellement. En effet Ferenczi a très tôt montré que la rigueur du cadre de la cure-type ne produisait pas nécessairement les effets qui en sont attendus. Il a défendu l'idée que le traumatisme pouvait être dû à l'absence de réponse de l'objet face à une situation de détresse.

Ferenczi envisageait l'analyse mutuelle comme le lieu où rien ne devait être tu, et où tout devait être analysé. L'idée de Ferenczi est alors de « revenir à la source » et de permettre l'unification du moi qui n'a pu être réalisée à l'époque. Pour cela, il recommande la tendresse, la compassion, la couvade, permettant au patient de revivre de manière gratifiante la période qu’il a échoué auparavant. Ferenczi a notamment l’idée que pour qu’un individu se resubjective, il faut qu’il puisse se prendre comme sujet au même titre que l’analyste. Ceci me fait penser à l’attitude du GEM à minimiser l’asymétrie entre usager et psychologue. Cette idée semble séduisante d’emblée mais doit être réfléchie plus en détails.

L’expérience de Ferenczi l’a amené à vivre des thérapies où la proximité envahissait le cadre.
Sa thérapie avec Clara Thomson en est l’exemple. Elle s’autorisait d’embrasser Ferenczi quand bon lui semblait. Finalement l’analyse d’Elisabeth Severn a montré les limites de cette pensée.
Ferenczi a consacré à sa patiente autant de temps qu’elle lui en demandait, lui consacrant jusqu’à cinq heures par jour, l’emmenant avec lui en vacances. Arrivant à une inversion d’analysant à analysé, il reconnaît alors les dangers de l'analyse mutuelle et abandonne la technique, tout en continuant d'exiger de lui-même authenticité et recul par l'analyse du contre-transfert.

Finalement ce que nous retiendrons des apports de Ferenczi est ce que lui-même en a retenu. C’est cette expérience qui convaint Ferenczi que seul un drainage de la douleur au moyen de la compassion, que seule une empathie véritable et non simulée permet de ressouder le Moi fragmenté. C’est ainsi qu’il sera amené à dire : « Seule la sympathie guérit ». Cet exemple de l’analyse mutuelle montre des bases essentielles de la relation à l’autre. Mais cela montre aussi l’importance de conserver des distances tant pour le psychologue que pour la personne en demande d’aide. Enfin, en étant trop dans l’empathie, il est compliqué d’avoir une véritable écoute active. Une grande sympathie peut provenir en effet d’une trop grande projection sur l’autre, ne permettant pas de le voir et de l’écouter pour ce qu’il amène.

Si l’on avance dans le temps, on arrive aux travaux de C. Rogers. Il est le fondateur de l'approche dite centrée sur la personne.

Il est l'un des représentants de la psychologie humaniste qui s'est développée dans les années cinquante. Rogers a travaillé sur les conditions optimales afin que la relation d’aide puisse être efficiente. Il y a tout d’abord le principe de non directivité. C’est une attitude active encourageant l’interlocuteur à exprimer librement ses attentes, ses perceptions, ses émotions, ses désirs et ses choix. Cela amène le psychologue à s’abstenir de toute pression, et de toute tentation d’imposer son point de vue. Ainsi cela invite à faire confiance aux capacités du sujet. Le psychologue a donc un rôle d’accompagnant, de soutien « d’aidant ». Cette orientation s’exprime au travers d’une attitude d’écoute active et de compréhension emphatique, ce qui veut dire : avoir un intérêt authentique pour autrui. L’aidant doit s’efforcer de créer un lien caractérisé par la chaleur, l’intérêt, l’émotion sympathique et un certain degré d’attachement affectif. Ceci contraste avec l’idée de neutralité bienveillante psychanalytique. L’authenticité du thérapeute est une condition essentielle pour que le patient puisse à son tour y accéder.

Finalement ce qu’a apporté Rogers c’est d’abord la centration sur la personne et sur la relation interpersonnelle et non sur le problème de la pathologie. L’aidant approche l’autre dans sa globalité d’être et comme alter-égo, et non comme un cas ou comme une somme de mécanismes. Ainsi la relation thérapeutique est davantage une rencontre entre deux personnes, une expérience émotionnelle et affective plutôt qu’une démarche technique et intellectuelle.

Ce développement théorique de Rogers fait écho avec l’optique que je souhaite avoir avec les individus en demande d’aide. Les termes d’authenticité et de centration sur la personne sont des bases qui me semblent importantes afin d’accéder à quelque chose de thérapeutique.

Colette Chiland a apporté d’autres éléments.

Selon elle, il existe pour le clinicien des dangers principaux à la compréhension de la psychologie d’autrui, notamment le fait de trop s’identifier affectivement à l’interlocuteur. En effet, elle explique que si le sujet dont parle le client touche très personnellement le psychologue, celui-ci risque de s’identifier fortement et de projeter ses émotions personnelles. Ainsi le psychologue ne pourra pas être aussi disponible dans son écoute. Colette Chiland pense que le psychologue dans cette forte identification transmettra son émotivité et pourra accentuer l’angoisse, la colère, la révolte ou l’état dépressif du patient.

Ainsi, en ce qui concerne notre question, à savoir de quelle manière le psychologue peut-il investir la relation afin d’être dans le soin, nous avons quelques éléments de réponses.

 En effet, selon les uns, il faut rester à distance comme un miroir (Freud). Selon d’autres, pour être dans le soin, il faut être dans une empathie et dans une sympathie (Ferenczi et Rogers). Mais Colette Chiland et Ferenczi mettent en lumière les risques de ce trop grand rapproché dans le relationnel.

Cindy V.



 

Commentaires

Michael
Posté le Vendredi 22 Janvier 2010 à 14:17:40

Donc au finale, il faut être entre 1m et 1m20 du patient.
Ni trop loin ni trop proche, mais selon quel critère ?
Dans quel cas être plus proche aide le patient, dans quel mesure et pour quel pathologie? De même pour l'éloignement?
Peut t'on parlé d'un rapprochement ou d'un éloignement thérapeutique ?

Cindy
Posté le Mardi 06 Juillet 2010 à 10:22:37

Il n'y a pas de recette miracle! Tout est une question de ressentis, et de positionnement nterne. L'idée est de garder toujours en tete le respect du patient et l'objectif a atteindre, qu'est ce qui pourrait l'aider au mieux sur du long terme. Aprés l'appréciation est aussi a penser par rapport à la problématique de la personne, son angoisse identitaire, la peur du contact ou un désir de fusion, le psychologue doit jongler entre ses ressentis et la problématique concrete de la personne à accompagner. Finalement c'est aussi une question d'equilibre entre ses propres projections et la réalité de l'accompagné.

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