Création d’un groupe « auto-thérapeutique » au sein d’un groupe d’entraide mutuelle. Co-thérapie : stagiaire psychologue et « ex-schizophrène »
Après un temps de stage,
l'année dernière, dans ce lieu, je me suis rendue compte qu'il m'avait apporté beaucoup. C'est ainsi que j’ai eu envie cette année de rendre quelque chose, de donner quelque chose de moi, peut-être que j’avais besoin d’une certaine manière de finir ce stage.
C’est ainsi que j’ai proposé d’établir un atelier.
Cependant cela m’a permis d’être au plus juste des ambivalences qui pouvaient exister dans ce lieu. Dans le fond, un groupe d’entraide mutuelle n’est pas censé être un lieu de soin alors mon atelier ne devait pas être thérapeutique. Dans le même temps, l’atelier et le GEM est fréquenté de personnes qui ont vécu un parcours en psychiatrie et qui viennent dans ce lieu pour échanger, se soutenir, évoluer avec ce lien humain qu’est la souffrance psychique vécue dans le passé ou dans le présent. Alors se posaient les questions : Qu’est-ce-que moi, jeune psychologue en devenir, viens faire dans un lieu où il n’y a pas de soins avec des gens qui souffrent ou ont souffert et qui, dans le fond, ne sont pas venus là au hasard ? Qu’est-ce-que moi en tant que psychologue stagiaire j’allais pouvoir offrir à ces gens qui, dans le fond, dénigrent l’image du psy, du soin ou d’un quelconque atelier thérapeutique ?
Déjà cela me semblait compliqué : faire du soin sans faire du soin.
Personnellement je me suis questionnée et c’est ainsi que j’ai trouvé des réponses pour moi-même. Je me suis dit peut-être que dans ce lieu pour pouvoir être dans le soin (dans le sens de provoquer des effets thérapeutiques) il fallait peut-être lâcher l’idée que cela venait de moi (tout comme les analystes peuvent le faire), lâcher aussi son titre ou son statut de psy, lâcher cette idée de soin, afin d’être au plus vrai dans la relation et ainsi faire évoluer des choses de l’ordre du thérapeutique. Je me suis dis que dans le fond avec ces gens qui ont souvent vu des vingtaines de psy, psychiatres, psychologues, infirmier psy…il était important pour eux dans cette phase de reconstruction identitaire de s’éloigner d’une certaine façon de ce monde de soin tout en étant dans le même temps contenus dans un lieu où des individus pouvaient être dans une certaine forme de soins (écoute bienveillante, réassurance, tissé du lien entre les individus et par la même des liens à l’intérieur de soi).
Finalement on m’a demandé à ce que je crée cet atelier avec un des membres de l’association, ce qui s’est révélé très compliqué.
La situation du binôme peut déjà à la base créer des conflits, révélant des problématiques de rivalité fraternelle, cela a aussi fait émerger de l’envie et de la jalousie.
Au fur et à mesure que le projet avançait, c’est comme si mon binôme avait envie de détruire ce projet afin de ne pas le perdre. Les agressions et tentatives de destruction devenaient de plus en plus fortes au fur et à mesure de la séparation imininente du projet. Avec la fin du projet commençait la réalité de l’atelier cependant cela ne semblait pas être senti par mon binôme.
Dans ce projet il y avait quelque chose de l’ordre de l’enfantement.
Cela aurait pu être symbolisé mais cela semblait résonner avec la problématique de mon binôme qui dans sa vie personnelle vivait un réel enfantement. A un moment il y a eu comme une éclipse entre le fantasme et le réel car mon binôme a été dans la séduction avec moi comme pour réaliser quelque chose de l’ordre de cet enfantement. En réintégrant des éléments de différenciation entre lui et moi et en replaçant ces éléments de l’ordre de la séduction et de l’enfantement dans le sujet de sa vie personnelle, cela eu l’effet d’apaiser pour un temps mon binôme. Cependant, au fur et à mesure, les attaques devenaient de plus en plus fortes jusqu'à temps que je le cadre.
Me raccrochant à un tiers, j’ai demandé à une stagiaire plus âgée que moi de m’aider dans la réalisation de ce projet.
Cependant cela à eu pour effet de créer d’autant plus d’angoisse chez mon binôme. C’est comme si fantasmatiquement j’avais voulu me débarrasser de mon binôme, et que j’avais mis en bouclier cette stagiaire pour ne pas être la seule à subir ces attaques agressives. Finalement j’étais aussi prise dans cette relation où j’avais finalement le bon rôle : celui de la bonne mère qui veut mener à bien le projet, mais peut-être que mon binôme était comme le porte-voie de notre angoisse, de notre crainte à ne pas arriver à bien dans ce projet, de notre appréhension et de notre angoisse à lâcher cet enfanté, ce projet, à s’en séparer, à entrer dans l’inconnu de l’atelier.
Mon binôme est venu à la fin de la première séance d’atelier, agressant les membres et remettant en cause les techniques et la fiabilité des œuvres, l’idée était que de toute façon elles n’allaient pas tenir les œuvres, qu’elles allaient fondre ou se casser, que la peinture n’allait pas tenir... Le groupe étant à son début il me parut important de le protéger, le contenir et le préserver de cette attaque et des angoisses de morcellement qui auraient pu être véhiculés. Je fis front : ces œuvres tiendraient, c’était sûr ! Mon binôme parti finalement énervé ne revint plus.
Après réflexion, je me suis rendue compte que mon binôme a eu un rôle de bouc-émissaire dans ce pré-groupe d’atelier
et finalement cela avait resserré les liens des membres du groupe. J’ai donc essayé de le recontacter et je n’ai pas hésité à m’expliquer quand à mes choix, et à mes propres angoisses quand à ce projet. Ceci ne permit pas à mon binôme de réinvestir ce cadre. Pris dans des mouvements face à sa problématique personnelle il ne vint jamais à l’atelier. Ceci m’a montré la complexité de ce lieu, à mi-chemin entre égalité entre deux sujets et asymétrie entre aidant et aidé. C’est peut être aussi ça qui était en questionnement dans notre binôme. Souvent mon binôme critiquait mes choix ou mes décisions sans vouloir, pour sa part, prendre de décisions ou faire des choix. Je me suis aussi rendue compte de la complexité de la problématique humaine : parfois on touchait à des problématiques personnelles sensibles, des failles très profondes alors que le fait ou le sujet semble anodin.
Finalement c’est seule que j’ai maintenu le projet,
du moins avec l’appui d’une stagiaire, présente un peu dans l’ombre mais présente quand même dans mon positionnement psychique. Cela m’a montré la tendance humaine que l’on a à chercher des alliances dans un groupe. Cela m'a aussi montré l’utilité d’un bouc-émissaire.
Cindy V.


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Mercredi 13 Janvier 2010

