Mise en place d’un atelier à médiation modelage. Expérience de psychologue au sein d’un groupe d’entraide mutuelle.

Lundi 11 Janvier 2010


Mon objectif personnel lors de la création de ce groupe était d’être dans le soin afin d’aider ce public en difficulté. Cependant les groupes d’entraide mutuelle ont un statut ambivalent qui ne permet pas d’être dans ce cadre thérapeutique. Mon idée sous jacente était : pour être dans le soin je devais renoncer pour une part à mon statut de « soignante »...

Mon objectif personnel lors de la création de ce groupe était d’être dans le soin afin d’aider ce public en difficulté. Cependant les groupes d’entraide mutuelle ont un statut ambivalent qui ne permet pas d’être dans ce cadre thérapeutique.

Mon idée sous-jacente était : pour être dans le soin, je devais renoncer pour une part à mon statut de « soignante ».

Pour moi, être dans le soin vis-à-vis de ce groupe : c’était essentiellement d’écouter la souffrance, de sentir les moments de difficultés et alors de créer du lien entre les membres afin qu’il puisse eux-même évoquer leurs moments de difficultés et leurs moments de réussite. L’idée était aussi de se servir du groupe afin de recréer quelque chose de l’enveloppe corporelle, en créant une dynamique de lien entre les membres du groupe. Mais aussi de centrer l’individu sur son œuvre personnel afin qu’il puisse restaurer quelque chose de son narcissisme propre, qu’il puisse en quelque sorte réparer le bon objet intériorisé. Ainsi mon idée était aussi qu’au travers du modelage les gens auraient aussi accès à quelque chose de l’ordre de la différenciation entre soi et l’autre, afin d’accepter sa différence tout en se sentant contenus par l’enveloppe groupale.

Si l’on reprend une séance de groupe. Le cadre est de mettre à disposition de la terre de 10h à 12h afin que les gens présents puissent en faire quelque chose pour et par eux-même.

A 10h, la nappe est posée sur une table, les chaises sont disposées autour de celle-ci et quelques œuvres en cours d’élaboration sont disposées autour de la table. Le café est mis en route ainsi que le thé. Les gens arrivent, petit à petit, qu’ils soient ex-patients de l’hôpital psychiatrique ou stagiaire psychologue. Les gens se font la bise et se disent bonjour autour de la table, avec souvent un café à la main. Les gens regardent leurs œuvres et parlent de leurs blocages, du fait qu’ils sont énervés par leurs œuvres, parce qu’ils n’arrivent pas à finir. D’autres, par contre, vont dire à quel point ils adorent leurs œuvres, à quel point elles sont belles pour eux… D’autres ne vont rien dire mais regarder leurs œuvres comme si quelque chose était bloqué en eux.

Au fur et à mesure les gens s’assoient et commencent à regarder leurs œuvres de façon plus individuelle, plus personnelle, chacun face à son travail. Cela arrive généralement quand l’animatrice s’assoit. Sinon ce temps de flottement où les gens parlent de leurs œuvres et se disent bonjour peut durer longtemps. Comme contenu le groupe se met à travailler quand l’animatrice se met à travailler sur son œuvre. En effet l’animatrice fait dans le même temps que les autres membres du groupe une œuvre. Un peu comme les autres individus mais en même temps attentive aux mouvements qui peuvent se créer individuellement durant la séance. L’analyse des mouvements groupaux se faisait plus dans un après coup car il est compliqué de percevoir différentes dimensions en étant seule.

La séance :

Les gens parlent de voyages, de vacances car c’est bientôt le printemps. Finalement chacun s’assoit sur son siège autour d’un café et quelqu’un a ramené du gâteau. Ainsi on mange tous un peu de gâteau. Je m’assois enfin et je sens quelque chose qui s’apaise. Je ressens ça déjà en moi car je me dis que tout est mis en place et que je suis prête à me libérer de mes pensées et à travailler. Mais aussi dans le groupe je sens que mon propre mouvement résonne chez les uns et les autres.

Quelqu’un m’avait dit que l’œuvre d’une stagiaire avait été cassée et qu’elle avait été très triste durant toute une journée de ce fait. Je parle alors de cela. En disant que cela a dû être décevant et énervant de voir que son œuvre s’était cassée. Là-dessus elle s’exprime en expliquant à quel point elle est énervée et à quel point elle était triste de cela. Je rappelle que cela est aussi arrivé à un autre membre du groupe d’avoir son œuvre cassée. Alors les uns les autres parlent des moments où leurs œuvres se sont cassées. Des matières que l’on peut utiliser pour les réparer.

Quelqu’un se met à parler de la situation politique et des grèves. Les gens s’en donnent à cœur joie pour parler excité et énervé sur cette situation.

Finalement quelqu’un semble bloqué et regarde son travail depuis plusieurs minutes. Il ne prend plus part à la conversation et regarde l’air triste son œuvre. Je demande si ça va. Là d’emblée il m’explique qu’il ne sait plus quoi faire. Je demande ce qu’il souhaitait faire à la base, s’il est content de lui, quelle émotion il voulait transmettre dans son œuvre, s'il se sent de la laisser comme cela ou s'il veut aller plus loin. Il se décide et finalement va la mettre à sécher et il va en faire une autre afin de peut-être dépasser plus tard ou autrement dans une autre œuvre quelque chose de l’ordre d’un conflit intérieur.

Quelqu’un me demande de l’aide : "Je suis bloqué là, je n’y arrive plus". Je réponds évasivement, afin de lui permettre d’exprimer son ressenti, sa colère, sa frustration, de ne pas arriver à faire ce qu’il veut. Je rassure que dans le fond ce n’est pas mal d’être surpris car on perçoit des choses parfois difficiles mais cela fait du bien de pouvoir les exprimer. L’émotion passée cela s’apaise. Sur mon conseil, il prend un peu de terre et la place en plus sous la base afin de la consolider. Geste symbolique plus que technique, cela a pour effet souvent de rassurer et de reprendre le travail pour ceux qui sont bloqués.

Des gens partent, d’autres viennent. « Je vais fumer », « Tu veux un bout de terre ? ». Les gens viennent s’asseyent et se mettent à créer. D’autres reviennent après leur temps de pause. Certains viennent juste pour regarder, ils savent par contre qu’il n’est pas de bon ton de critiquer les œuvres surtout quand elles ne sont pas finies et encore dans les mains de leurs créateurs. Cela a parfois eu lieu et cela a créé des peines personnelles et une angoisse de groupe. Ceci s’est réglé en rappelant que les œuvres sont personnelles et que c’est seulement la personne qui la fait qui en parle si elle le désire. Lorsque les œuvres sont considérées comme terminées et placées sous le regard des autres (exposées) alors les gens peuvent en dire ce qu’ils veulent. Cette nouvelle consigne a eu pour effet de rassurer le groupe et a permis de se remettre au travail.

Lorsque la fin de la séance arrive, certains mentent sur l’heure afin de grappiller quelques minutes. D’autres disent que c’est fini. D’autres encore s’en vont en laissant leurs œuvres échouées sur la table, comme contenus par ce groupe. Finalement les gens se mettent à ranger tous ensemble. L’animatrice va parler avec la psychologue référente de ce qui a pu se passer ou des difficultés rencontrées. Puis tout le monde se dit au revoir, l’animatrice part de son coté. Les membres du groupe partent manger ensemble, stagiaires psychologues mêlés aux ex- patients de l’hôpital psychiatrique.

Cette expérience de groupe durera 9 mois, elle en est à sa fin. Il est prévu de faire une exposition des œuvres afin de montrer ce que l’on souhaite de notre travail.

L’idée de mettre en vente les œuvres a été questionnée. Mais cela a provoqué beaucoup d’angoisses quand à la valeur des œuvres et à la réalité de s’en séparer. Un peu comme un objectif à atteindre, une angoisse mêlée à de l’envie, le fait d’exposer les œuvres et de potentiellement les mettre en vente est resté en filigrane de ces temps de groupe. Au fur et à mesure des groupes, la parole a pris une grande place comme un bercement contenant pour le groupe, elle a permis de faire émerger des sentiments forts et de partager avec les membres du groupe.

Ce groupe n’est pas conventionnel au vu des différentes théories sur le groupe. Les effets n’ont pas été quantifiés. Les conflits institutionnels se sont reflétés dans ce groupe à médiation et ont empêché d’élaborer précisément ce qui pouvait se passer. Le fait de ne pas être en co-thérapie était finalement plus compliqué que je ne l’aurais imaginé. Pensant prendre appui sur les stagiaires comme des cothérapeutes, les stagiaires se sont finalement pris au jeu et se sont investis au même titre que les usagers de l’association dans quelque chose de l’ordre du soin. Ce groupe est, je pense, une expérience inédite révélant d’une certaine manière quelque chose de l’indifférenciation et d’une confusion des rôles mais permet de travailler personnellement en tant que psychologue sur la question du soin, de son rôle et de la distance à avoir avec le sujet en souffrance. L’enveloppe institutionnelle elle-même trouée et nouée n’a peut-être pas permise d’être aussi contenante que je l’aurais souhaité au sein de ce groupe. Cette expérience met en valeur l’importance d’un cadre contenant de la part de l’institution afin de pouvoir soi-même apporter un cadre protecteur au groupe.

Cindy V.



 

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