Les situations groupales génèrent des angoisses de nature psychotiques chez leurs membres. Pour s’en défendre, ils se combinent inconsciemment selon trois types de modèles que Bion appellent présupposes bases...
Des Recherches sur les Petits Groupes au Groupe et l’Inconscient : Un point de vue, une perspective.
Les situations groupales
génèrent des angoisses de nature psychotiques chez leurs membres.
Pour s’en défendre, ils se combinent inconsciemment selon trois
types de modèles que Bion appellent présupposes bases. Un modèle
dépendance dans lequel le groupe recherche un leader sous la
protection duquel il pourra se mettre, un modèle attaque fuite
caractérisé par la mobilisation unifiante du groupe derrière le
leader pour attaquer ou fuir une situation ou un ennemi identifié,
enfin un modèle dit de couplage dans lequel un couple se forme entre
deux membres du groupe (qui peuvent être du même sexe) et qui va
faire naitre l’espoir inconscient d’un leader à venir sauveur du
groupe.
Le groupe peut passer d’un présupposé à un autre, mais ne fonctionnera jamais avec plus d’un présupposé à la fois.
Ces présupposés défendent les membres des groupes contre les angoisses groupales, mais ils ne leur permettent pas toujours d’accomplir la tâche qui est la leur. « Les recherches montrent qu’il (le groupe) est parfois gêné, parfois aidé dans ses intentions par des forces affectives d’origine obscure » (Recherches sur les Petits Groupes Page 130).
Bion a fait accomplir un saut discret à la connaissance que nous avons des mécanismes inconscients dans les groupes en identifiant les angoisses archaïques qui y sont a l’œuvre et certaines de leurs manifestations défensives. Mais il n’a pas su expliquer les conditions dans lesquelles ces défenses favorisent l’accomplissement de la tâche dans les groupes réels et celles dans lesquelles elles le contrarient.
C’est dans le Groupe et l’Inconscient et en s’appuyant implicitement sur les hypothèses de Bion sur la place des angoisses de nature psychotiques dans le fonctionnement groupal et sur celles de Foulkes et d’Ezriel relatives aux résonnances fantasmatiques que Didier Anzieu va apporter des réponses à cette question.
Nous pensons que les explications qu’il apporte sont justes mais incomplètes- ou pour le moins pas suffisamment explicites- car ne prenant pas en compte ce que Freud nous appris sur le lien entre inhibition et angoisse.
Prenant l’exemple d’une entreprise dont le comité de direction fonctionnait mal en raison de la représentation dans l’imaginaire de tous ses membres du fondateur et ancien dirigeant(Le Groupe et l’Inconscient, Dunod, 3eme édition Ch. 2 page 56), Anzieu illustre comment l’imaginaire peut perturber le fonctionnement d’un groupe réel mais souligne que c’est aussi une représentation imaginaire qui permet à un groupe réel de trouver solidarité et efficacité.
C’est ce qu’il développe lorsqu’il définit ce qu’il entend par résonnance fantasmatique (Ch. 6 Page 136). « La vie du groupe dit-il s’organise autour du fantasme individuel de celui ou de ceux des membres qui sont suivis par les autres ».
Puis il précise (ch.10 page 200) que l’organisation de la vie du groupe autour du fantasme individuel d’un des membres signifie que « chacun des protagonistes occupe une des positions individuelles incluse dans le scénario fantasmatique du porteur ». En d’autres termes lorsqu’il y a une résonnance fantasmatique, chacun est à sa place-du point de vue du leader- et se sent à sa place pour accomplir la tâche assignée au groupe.
Cette résonnance fantasmatique peut être mise en cause « soit par la mobilisation violente, chez plusieurs membres, de mécanismes de défenses contre ce fantasme initial, soit par l’émergence antagoniste d’un autre fantasme individuel autour duquel une fraction minoritaire qui s’entend avec lui se regroupe » (ch.6 page 137)
On comprend donc, qu’une telle discordance fantasmatique se traduit par un mode de fonctionnement du groupe pour le moins sous-optimal au regard d’une situation de résonnance fantasmatique, puisque la répartition des rôles ne fait pas l’unanimité. On peut bien entendu imaginer tous les scenarii possibles, de la simple confusion au sabotage- conscient ou inconscient- destiné décrédibiliser le leader.
Anzieu conclura sur ce thème du groupe réel en déclarant que le bon dirigeant est celui qui « tout en contribuant efficacement à résoudre les problèmes concernant le secteur de la réalité extérieure auquel son organisation est confrontée, exerce une large et forte résonnance fantasmatique à l’intérieure de celle-ci » (ch.10 page 203).
Ce serait donc la conjonction d’une expertise et d’une capacité à établir une résonnance autour de ses propres fantasmes qui ferait le leader efficace, c'est-à-dire capable de permettre l’accomplissement de la tâche dans de bonnes conditions.
Voilà qui pourrait paraitre suffisant pour répondre à l’énigme posée par Bion de savoir dans quelles conditions les hypothèses de base contribuent favorablement à l’accomplissement de la tâche et dans quelles conditions elles l’entravent. Mais cette réponse, si elle est convaincante, n’est pas suffisante pour rendre compte de l’intensité relative des angoisses dans les différents scénarii et du cout des défenses qui leur sont associés.
Anzieu nous met sur la voie en rapportant que (page 137) « Les conflits intra groupes sont mal supportés » (page 137)- entendons par là angoissants- et lorsque le groupe ne peut trouver son unité autour d’un fantasme individuel il l’établit soit autour du « contre fantasme originaire » que constitue l’illusion groupale soit autour du fantasme de casse qui a la particularité de condenser « tous les niveaux d’angoisse et de leur donner un mode d’expression » (page 139).
Or on observe qu’aussi bien dans les situations d’illusions groupales que de fantasmes de casses qui sont rapportées dans le Groupe et l’Inconscient une perte de rationalité des comportements avec en particulier des phénomènes de clivage du transfert qui sont des défenses à la fois archaïques et très couteuses.
En d’autres termes, si toutes les situations groupales génèrent des angoisses de nature psychotiques, l’intensité des défenses qu’elles sollicitent est une fonction du degré de conflictualité fantasmatique, et donc de l’intensité des angoisses à l’œuvre au sein du groupe. Plus les conflits fantasmatiques intragroupes seront violents plus les solutions trouvées pour maintenir l’unité mobiliseront des défenses couteuses.
0r, on sait que la qualité des processus de pensée est une fonction positive de l‘économie des défenses nécessaires pour contenir les angoisses. Dit autrement, plus les défenses seront couteuses, plus les processus de pensée seront inhibés, moins elles le seront plus les processus de pensée seront fluides.
Si les groupes réels où prévaut une résonnance fantasmatique autour du leader sont plus efficaces que ceux où règne une discordance fantasmatique, ce ne serait donc pas uniquement parce que dans l’un la répartition des rôles est moins sujette à caution que dans l’autre et l’organisation de l’accomplissement de la tache moins confuse. Il y aurait, dans les situations de résonnance fantasmatique, en plus d’une acceptation inconsciente par tous les membres du groupe des rôles fantasmatiquement assignés par le leader, une plus grande fluidité des processus de pensées que ceux qui prévalent dans les groupes où cette résonnance n’est pas à l’œuvre, en raison d’une angoisse sous jacente moins forte.
L’inhibition de la pensée dans les groupes réels où sont à l’œuvre des fantasmes de casse a d’ailleurs été relevée dans certains travaux, mais sans que soit établit le lien entre fantasmes de casse et inhibition de la pensée. (cf. mémoire de TER Angoisses de Groupes et Décisions Dominique Ould-Ferhat sous la direction d’Edith Lecourt)Il serait intéressant de confirmer ce lien à partir d’observations de groupes réels dans lesquels la pensée des membres est sollicitée pour l’accomplissement de la tâche (Il est de toutes les façons exceptionnel que ce ne soit pas le cas).
On comprend intuitivement que réunir les conditions d’une telle expérience n’est pas chose aisée. L’une des difficultés réside dans la nécessité, pour apprécier la qualité des processus de pensée de comparer ce que les acteurs sont capable de produire dans des situations où les angoisses sous-jacentes aux fantasmes de casse sont présentes avec des situations où elles ne le sont pas.
Un voie de solution pourrait consister à faire travailler à la fois en groupes larges (où les fantasmes de casse se manifestent plus facilement) et en sous groupes de petites tailles les mêmes acteurs, mais en leur confiant des tâches identiques.
L’observation de leurs résultats respectifs et l’analyse des processus de pensée qui ont contribués à l’élaboration de la tâche pourrait permettre d’apprécier l’importance relative des inhibitions dans les deux scénarii.
Dominique Ould Ferrat
Publié le 28/10/2009 Par Cindy


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Mercredi 28 Octobre 2009


Posté le Vendredi 18 Décembre 2009 à 19:00:57
Interessant. Y a t'il d'autre matériel sur le sujet ?