Alliance aliénante, folie à plusieurs

Mercredi 30 Juin 2010




Anaïs Lotte-Psychologue clinicienne-2010-Cabinet ParisPsy

Note de lecture

LES ALLIANCES ALIENANTES - René Kaës

DENIS EN COMMUN, PACTES DE REJET, CONTRATS PERVERS SOMMAIRE INTRODUCTION

SOMMAIRE

1- CARACTERISTIQUES PRINCIPALES DES ALLIANCES ALIENANTES

A- Le modèle psychiatrique de la folie à deux: un précurseur des alliances aliénantes B- Un modèle discutable et discuté 1. Folie simultanée et folie communiquée 2. La division du travail 3. L’influence du milieu 4. Dynamique délirante à deux

2- LE CONCEPT D'ETAT D'ALIENATION

1. Une aliénation radicale ou originaire 2. Une rencontre aliénante, une conception intersubjective 3. La spécificité du processus psychique d’aliénation 4. Les apports du concept d’état d’aliénation à propos de la compréhension des alliances aliénantes

3- LES APPORTS DE LA THEORIE PSYCHANALYTIQUE GROUPALE CONCERNANT LES ALLIANCES ALIENANTES

1. Les fonctions phoriques 2. Le contre transfert 3. Le modèle groupal

4- MODELES D'ALLIANCES ALIENANTES

A- Le pacte dénégatif aliénant, hétérogène et asymétrique 1. L'alliance dénégatrice mère-fille 2. L'alliance aliénante dans la psychose B- La communauté de déni 1. La communauté de déni en commun dans la relation mère-fille 2. Mécanismes défensifs propres au déni commun au deuil 3. Les dénis collectifs ou négationnisme C- Les contrats pervers 1. Le couple pervers 2. Les exigences du contrat pervers 3. Le contrat narcissique pervers 4. L’alliance sectaire D- Les alliances psychopathiques destructrices E- Les alliances défensives par « l’adaptation à n’importe quoi »

CONCLUSION

La notion même d'alliance inconsciente renvoie à des questionnements primordiaux tels que: Peut-on parler de pathologies groupales? Ou s’agit-il de pathologies qui se manifestent chez différents individus au même moment? En d’autres termes, se situe-t-on sur un plan intrapsychique (dans la psyché individuelle), intersubjectif (entre les psychés), transsubjectif (au niveau proprement groupal, du côté de la création d’un processus psychique groupal, d’un inconscient groupal)?

1/ CARACTERISTIQUES PRINCIPALES DES ALLIANCES ALIENANTES

Les alliances aliénantes (sont):

 Etayées sur l'insuffisance du refoulement des sujets

 Fondée sur le déni, le rejet ou la forclusion

 Rendent les sujets qui s’y lient étrangers à eux-mêmes

 Prennent différentes formes, telles que le pacte narcissique, le pacte de déni en commun, l’alliance dénégatrice, les alliances psychopathiques, le contrat pervers

A- Le modèle psychiatrique de la folie à deux: un précurseur des alliances aliénantes

Lasègue et Falret Les alliances inconscientes préexistaient au fait d’être identifiées et analysées comme des formes psychopathologiques d’alliance comme en témoignent les manifestations de folies dites collectives, telles que les hystéries collectives ou « foules hystériques » décrites par Lebon. Ainsi, J. Lasègue et J. Falret, deux aliénistes, se sont les premiers attachés à décrire la forme psychopathologique et délirante de ces alliances; en 1877 dans une étude fondamentale sur les folies à deux. Ils considèrent la folie à deux car selon les auteurs, le délire ne s’étend que rarement à plus de deux personnes. Or, l'existence même de phénomènes de "folies collectives", ainsi que les travaux réalisés ultérieurement concernant les alliances inconscientes (avec la notion de déni collectif ou d'alliance sectaire) remettent en cause de telles affirmations. Lasègue et Faret, d'après leur étude, établissent trois conditions régissant le délire à deux. Tout d'abord, la loi de la différence intellectuelle et de caractère. Un des individus est plus intelligent et plus actif que le second, celui-ci est à l’origine du délire, et l’impose à l’autre. Le second sujet agit ensuite sur le premier en modifiant, en ajustant le délire. Il y a donc création d’un délire commun, il est possible alors de constater dans la thèse développée par Lasègue et Falret l'émergence d'un niveau transsubjectif. Ensuite, la loi du milieu clos implique que les individus partagent absolument tout, en dehors de la moindre influence du monde extérieure. Ils vivent, pensent et ressentent de façon autarcique. Enfin, la loi de la vraisemblance selon laquelle le délire doit être vraisemblable, de manière à ce que la conviction délirante puisse être communiquée entre les différents individus. Néanmoins, ces conceptions princeps seront ensuite vivement discutées et remises en en question par les auteurs ultérieurs. En effet, le concept même d’alliances inconscientes aliénantes développé par René Kaës récuse la théorie explicative de la contagion mentale pour rendre compte de la transmissibilité d’un délire où d’une aliénation d’un sujet à l’autre.

B- Un modèle discutable et discuté

1. Folie simultanée et folie communiquée

E. Régis E. Régis, à la suite de Lasègue et Falret s'est également attaché à comprendre la dynamique sous-jacente du délire à deux. Néanmoins, l'auteur se situe en opposition évidente avec la thèse de Lasègue et Falret en postulant qu'il n’y a pas de possibilité de transmission du délire. Un postulat initial excluant toute intersubjectivité processuelle. Pour étayer son propos, E. Régis propose donc un modèle de la folie simultanée selon lequel les deux individus développeraient un même délire simultanément. Ainsi, la formation délirante reste indépendante. Néanmoins, une telle rencontre délirante n'appartient ni au hasard, ni à la coïncidence. En effet, il y aurait une cause commune à cette rencontre délirante, s'originant dans des prédispositions héréditaires et un milieu pathogène commun. Des évènements pathogènes conjoints, ou « influences occasionnelles » ayant l'effet de "causes déterminantes" selon l'auteur. Parallèlement, l'auteur admet que puisse se produire une adhésion délirante et développe donc un second modèle de la folie "communiquée" qui reste néanmoins contrasté. Ainsi, si un individu adhère au délire de l’autre, il ne s’agit pas chez lui d’une réelle conviction délirante, mais d’une crédulité issue d’une excessive suggestibilité. En l'occurrence, seul le sujet inducteur est donc halluciné, l’autre est sous influence et procède par imitation.

2. La division du travail Clérambault

A l'instar de Lasègue et Falret, Clérambault place le délire à deux sur un plan transsubjectif et envisage une possible communication du délire. L'auteur introduit plus spécifiquement la notion de division du travail qui implique un processus d’influence réciproque entre les deux délirants. Chacun a une part active dans l’élaboration délirante de l’autre, et dans son évolution. Il est intéressant de constater à quel point ce débat garde un caractère actuel. En effet, dans le champ de la psychiatrie, l’existence d’un délire à deux est admise mais la psychose demeure néanmoins une pathologie individuelle et personnelle. Ainsi Clérambault et Kraepelin, distinguent délire et psychose et recentrent le débat sur le plan de la psychopathologie. Ainsi, une conviction délirante peut être partagée par plusieurs individus et transmise d’un sujet à l’autre, mais pas une psychose qui reste individuelle et ne se transmet pas. En conséquence, le délire est partageable et transmissible, mais son apparition laisse supposer un trouble profond de la personnalité de chacun des protagonistes.

3. L’influence du milieu Jacques Lacan

Jacques Lacan s’oppose à la thèse de Lasègue et Falret concernant l’induction délirante. Il base sa démonstration sur les couples délirants mères-filles et sur le crime des sœurs Papin auquel il a lui-même consacré un travail de thèse ; pour souligner l'importance du milieu dans la transmission du trouble. A la suite de E. Regis, l'auteur insiste sur le rôle d'un milieu pathogène commun. Ainsi, il n'y aurait donc non pas une transmission du délire de la part de l’un et l’autre, mais une transmission symptomatique issue du milieu.

4. Dynamique délirante à deux D. Porot

La notion Lacanienne de désir est également reprise par D. Porot pour mettre en exergue la dynamique psychique sous-jacente à ce type de délires. Il y aurait donc une interférence entre les désirs qui s’imposent entre les délirants. Revenir schématiquement sur cette notion proposée par Lacan est nécessaire pour envisager le propos de l'auteur. Ainsi, le désir naît de la frustration issue de l’écart entre le besoin et la demande. Il n’y a pas chez ces sujets de possibilité d’émergence de la demande, du désir, et en conséquence d’une subjectivation. Relation archaïque où l’enfant est assujetti à la mère, ne peut avoir de désirs propres. L’enfant est le prolongement narcissique de la mère et la subjectivation impossible. Sur cette base D. Porot considère que la dynamique délirante (du délire à deux) se base sur la fixation à une relation primitive et relève d'une angoisse archaïque de fusion. Ces considérations théoriques permettent de faire lien, non seulement avec la proposition Lacanienne et l'influence de l'environnement, mais aussi avec la dimension psychopathologique apportée par Clérambault et Kraepelin. Les recherches de René Kaës sur les alliances inconscientes se basent donc sur l’idée d’une induction délirante et d’une participation mutuelle au délire, proposée par Lasègue et Falret. Mais l'auteur s'attache à explorer les processus psychiques engagés dans ces alliances et les formations inconscientes mobilisées. Lasègue et Falret ont ainsi permis, comme cela a été développé précédemment, de situer le concept d’état d’aliénation dans le champ de l’intersubjectivité. Mais il convient de revenir au concept initial d’état d’aliénation, développé à un niveau intra-subjectif.

2- LE CONCEPT D'ETAT D'ALIENATION

Le concept d’état d’aliénation réfère à l’idée selon laquelle la reconnaissance de l’altérité est en soit aliénante pour l’individu. Aliénante car le sujet peut seulement se reconnaître en passant par l’autre, ou en s’identifiant à l’autre. Sur un plan psychopathologique le concept d’aliénation renvoie à un état où le sujet est rendu étranger à lui-même.

1. Une aliénation radicale ou originaire J. Lacan

Selon la théorie Lacanienne, il existe une aliénation radicale en cela que « Le désir de l’homme se trouve dans le désir de l’autre ». L’individu, sa subjectivité s’origineraient et se développeraient dans le désir de l’autre et surtout dans la reconnaissance de son désir par l‘autre. Il ne s’agit pas du désir pris comme objet, être objet de désir, mais de la reconnaissance de son désir propre par l’autre. Il y a donc dès l'origine une aliénation fondamentale dans le désir de cet autre. Le Moi se constitue comme aliéné La notion d’aliénation dans la théorie lacanienne est associée au registre de l’imaginaire. L’imaginaire est donc à la base de la constitution du Moi et des relations d’objet. Dans le registre de l’imaginaire, le Moi est l’héritier de l’enfant assujetti à la mère, et sans désirs propres. Sur le plan psychopathologique, l’aliénation est donc issue du maintien d’une identification imaginaire de l’enfant à l’objet phallus. Lorsque le sujet ne parvient pas à accéder au symbolique, ceci en s’appuyant sur l’idéal du Moi, le sujet ne peut advenir. Le moi cherche le compromis et l’unité mais ne pourra atteindre que l’imaginaire, ainsi l’enfant objet phallus reste aliéné dans le désir de l’autre, de la mère.

2. Une rencontre aliénante, une conception intersubjective

P. Aulagnier L'auteur se base sur la conception Lacanienne mais envisage une rencontre aliénante. Ainsi, l'état d’aliénation est issu du conflit entre l'identifiant et l'identifié, entre le Moi et l'idéal du Moi. Un conflit qui s'origine dans l’écart entre la représentation que le sujet a de lui-même (issue de la représentation que l’autre lui renvoie, par le biais de l’identification au désir de l’autre) et l’idéal du moi ( la représention idéalisée que le sujet a de lui-même). Pierra Aulagnier se place donc sur le plan intersubjectif, celui de la rencontre, d'une rencontre aliénante. En effet, le conflit s'origine dans l'autre, que le sujet identifie comme autre et auquel il s'identifie. Un développement théorique qui renvoie donc au concept de Lacan, mais l'auteure le situe au niveau de la rencontre, à un niveau identificatoire où le sujet se subjective.

 Psychopathologie de la rencontre aliénante

Ensuite, l’auteure considère la rencontre aliénante sur le plan psychopathologique. A ce niveau, la rencontre aliénante est une forme d'alliance qui tend à régler le conflit entre identifiant et identifié, Moi et idéal du Moi par une abolition des conflits: « La visée est de tendre vers un état aconflictuel, d’abolir toutes sortes de conflits entre l’identifiant et l’identifié, mais aussi entre le Je et ses idéaux». (Aulagnier P., 1979). Tout d'abord, l'organisation défensive se caractérise par l'identification projective de l'aliénant à une idéalisation de soi. Ainsi, le mécanisme d’idéalisation massive est central chez l’aliénant, des objets internes idéalisés que le sujet projette sur l'autre de façon à s’identifier ensuite à cette version idéalisée de soi. Ensuite, l’aliénation est un processus psychopathologique issu de la rencontre entre le désir de s’aliéner de l’un et le désir d’aliéner de l’autre. L’aliénation est indissociable de la rencontre puisque selon l’auteure « L’aliénation exige la rencontre du sujet avec un autre sujet désirant aliéner » Enfin, la rencontre aliénante vise à un état indifférencié, et ainsi à denier la différence et effacer l’altérité.

3. La spécificité du processus psychique d’aliénation

La spécificité majeure se situe dans l'anosognosie où la méconnaissance par le sujet de son état d’aliénation. Il y a une incapacité à juger et critiquer un état délirant auquel il adhère totalement. Le sujet n’a aucune conscience d’être dans une situation où un état pathologique, il n’a pas conscience de ce qui lui arrive et ne peut ni désigner, ni nommer cette situation tel un « accident survenu à sa pensée ». Il fait distinguer l’état d’aliénation de la psychose car même si le psychotique n’a pas vraiment conscience de son état psychique, il peut percevoir les difficultés symptomatiques issues de sa pathologie telles que la dépendance où encore l’exclusion. 4. Les apports du concept d’état d’aliénation à propos de la compréhension des alliances aliénantes Les apports liés au concept d'état d'aliénation sont majeurs. En premier lieu, l’individu est conçu dans une forme de négativité radicale, aliéné dans l'autre. Ensuite, les alliances aliénantes mettent en œuvre des mécanismes de défenses archaïques, tels que le déni, le rejet ou la forclusion. Ceci témoigne d’une insuffisance du refoulement, et des aspects psychotiques des processus psychiques impliqués dans ces alliances. Enfin il existe une notion d’intersubjectivité dans les alliances aliénantes, que situe Pierra Aulagnier dans le champs de la rencontre.

3- LES APPORTS DE LA THEORIE PSYCHANALYTIQUE GROUPALE CONCERNANT LES ALLIANCES ALIENANTE

1. Les fonctions phoriques

Des contenus peuvent circuler d'un inconscient à l'autre. Ces éléments inconscient n’appartiennent pas à l’origine aux sujets, mais par le biais de la transmission, ils en deviennent porteurs.

2. Le contre transfert

Dans le contre-transfert, des éléments circulent d’un inconscient à l’autre, il y a une résonance d’inconscient à inconscient. La dynamique transférentielle se situe donc sur le plan de l'intersubjectivité, il s'agit d'un espace de rencontre psychique. Un concept qui révèle donc la notion de communication d'inconscient à inconscient, qui peut être illustrée par S. Freud: « chacun possède en son propre inconscient un instrument avec lequel il peut interpréter les expressions de l’inconscient chez l’autre ». De plus, la question du contre transfert met en évidence la possibilité d'emprise de l’appareil psychique de l’un sur celui de l’autre, de l’ordre d’un envahissement psychique. Ainsi, la psyché peut investir des contenus provenant d’autres subjectivités. La notion de contagion ou d’infiltration psychique est également présente. L'apport groupal permet d'envisager une ouverture des appareils psychiques singuliers, les limites de la psyché comme poreuses et perméables. Les transmissions psychiques intergénérationnelles et intra groupales en témoignent.

3. Le modèle groupal

Aujourd'hui deux modèles cohabitent. D'une part, le modèle psychanalytique classique axé sur l’intrapsychique, qui se base sur la seule existence d’une réalité inconsciente individuelle. D'autre part, le modèle des théories psychanalytique de groupe axé sur l’intersubjectivité, selon lequel les liens intersubjectifs seraient une condition à la construction de la subjectivité. J. P Vidal parle de « renversement de la perspective Freudienne « et A. Green de « mutation postfreudienne », ceci témoigne de la contribution fondamentale de la théorie groupale à la compréhension de la psyché humaine.

 Deux apports essentiels de la théorie psychanalytique de groupe

En premier lieu, une notion essentielle apportée par théorie groupale est celle de transmission psychopathologique. Cela implique que la pathologie serait le résultat de l’articulation de pathologies individuelles associées à une porosité et une perméabilité de l’enveloppe psychique.

En second lieu, l'idée d’une psychopathologie des liens intersubjectifs (couples, familles, groupes, institutions). Les théories psychanalytiques de groupe, avec le concept même d’alliances inconscientes, se démarquent de la conception intrasubjective du fonctionnement psychique héritée de la théorie Freudienne. Ainsi, Kaës postule avec le concept d’alliances inconscientes la présence d’un niveau intersubjectif de fonctionnement, mais aussi d’un niveau transubjectif, avec, à titre d'exemple, la question des alliances défensives et potentiellement pathogènes.

 Les alliances inconscientes s’inscrivent dans cette perspective

Les alliances inconscientes sont des actes psychiques de production conjointe de l’inconscient et des effets de l'intersubjectivité. Ainsi, des phénomènes pathologiques peuvent être considérés comme des effets de l’intersubjectivité. Néanmoins, le concept d'alliances inconscientes soutient que la psychopathologie du lien n’implique pas nécessairement une psychopathologie des sujets isolés. En l'occurrence, le sujet peut être le symptôme d’un lien, d’un fonctionnement groupal. Dans ce contexte le sujet peut être indicateur de la maladie du groupe. Ensuite, les alliances inconsciente peuvent s'organiser selon deux modalités. Elles s'organisent positivement lorsqu'il s'agit de mouvements d'investissements, d'identifications, et d'idéaux communs. Négativement lorsque l'organisation défensive est axée sur les renoncements, sacrifices, dénis, rejets et refoulements communs. Certaines études se sont attachées à étudier les alliances aliénantes en lien avec la relation mère-fille, et ont ainsi permis de mettre en évidence la notion d’alliance dénégatrice (Couchoud, 1986), à partir de thérapies conjointes mères-filles.

4- MODELES D'ALLIANCES ALIENANTES

A- Le pacte dénégatif aliénant, hétérogène et assymétrique

1. L'alliance dénégatrice mère-fille M. T Couchoud

L'auteur développe la notion de déni en commun, qui dans l'alliance dénégatrice mère-fille, se fait au service de la psyché maternelle. En effet, il y a chez la mère une insuffisance du refoulement et une insuffisante élaboration de représentations aux contenus traumatiques. Conjointement, l’apparition en miroir d’un mécanisme de déni chez la fillette permettrait de maintenir déniées ou oubliées ces représentations inacceptables qui ne peuvent être refoulées chez la mère. Il s’agit bien d’une alliance dénégatrice, puisque le lien (entre la mère et sa fille) se constitue en alliance défensive, et sert le déni. De plus, l’alliance est aliénante en cela que le mécanisme défensif archaïque garant du lien est le déni commun. Mère et fille ont donc une part active dans cette alliance. La mère induit chez sa fille ce qui aurait été son propre délire; Il y a en retour chez la fillette un surrinvestissement hallucinatoire sur un mode délirant des représentations non refoulées, et niées par la psyché maternelle. Ainsi, sur le plan intersubjectif, la mère induit chez sa fille ce qui aurait été son propre délire. La fille délire alors pour préserver la mère de son propre délire, et maintenir déniées chez la mère des représentations que celle-ci ne parvient à refouler. Le lien mère fille est donc garanti par le fait que la fille délire, car le délire permet à la mère de maintenir ces représentations déniées, de ne pas les penser, et ainsi de ne pas délirer à son tour.

2. L'alliance aliénante dans la psychose

L’alliance aliénante dans la psychose vise à empêcher la transmission du refoulement ainsi que l'accès au désir. Dans la psychose le refoulement est imposé arbitrairement par la mère à l’enfant. Il ne peut donc y avoir de transmission du refoulement, d’une généalogie des refoulements comme dans la névrose. Il y a chez la mère un échec à refouler compensé par deux modalités défensives. La première est de rendre impossible l’accès pour l’enfant, aux contenus non refoulés agissants. La conséquence première est d'empêcher le sujet de s’inscrire dans une démarche de subjectivation, et d’appropriation subjective de son histoire, d’historisation. A l'impasse de la subjectivation s'associe alors une impasse de la pensée. En effet, l’enfant est le sujet dépossédé de toute possibilité de donner du sens, de symboliser, de se penser, de penser son histoire : est empêché de penser. Il y a une impossibilité à mettre en mot, à donner du sens à ce qui n’a pu être refoulé dans la psyché maternelle. Le lien mère-fille repose donc sur « une aliénation de l’un des protagonistes de l’alliance au bénéfice de l’autre ».

B- La communauté de déni

1. La communauté de déni en commun dans la relation mère-fille M. Fain

 La notion de communauté de déni

Lorsque la mère n’arrive pas à prendre un autre objet de désir que son enfant, à déplacer ses investissements sur le père, l’existence du désir pour le père est déniée, non seulement chez la mère, mais aussi chez l’enfant par identification à la mère. Il y a donc la création d’une formation défensive de déni commune, où les deux protagonistes sont actifs. Cette communauté de déni entre la mère et l’enfant garantit leur non-séparation, le maintien de l’entité dyadique. L’auteur met le mécanisme d’identification projective au cœur de l’apparition de la communauté de déni. L’identification projective massive dans la communauté de déni est issue de l’échec du processus de symbolisation. En effet, la réalité ne peut contribuer à générer le système représentatif, puisque la réalité d’une relation primitive Co-excitante et séductrice est déniée. Ainsi, la réalité ne peut contribuer à la formation du système représentatif, à la symbolisation. René Kaës donne une portée plus générale à ces considérations et met en évidence que la communauté de déni porte toujours sur la réalité du désir de l’autre, et maintien toujours un état de non-séparation entre les sujets de l’alliance. Chez les sujets de l'alliance, l'absence de pare-excitation et de limite du Moi, a pour conséquence l’apparition d’identifications projectives et d’identifications narcissiques massives. Chacun des sujet se porte garant du déni car il y trouve un intérêt. La communauté de déni est un modèle fondamental concernant la question de la négativité dans le lien.

2. Mécanismes défensifs propres au déni commun au deuil

Les mécanismes défensifs propres au déni commun du deuil tendent à lutter contre l’épreuve du deuil et de la séparation ultime : la mort. Une alliance défensive au service de la toute puissance. Ainsi, les liens sont fondés sur des alliances inconscientes pathogènes. Le pacte dénégatif se base sur le déni commun de la perte, constituant une défense contre un effondrement dépressif pour les membres de l’alliance. Les sujets sont donc unis par un lien dépressif, le déni commun de la perte permet de ne pas se confronter à la réalité de la perte, du deuil et de la séparation. L'identification projective et l'identification narcissique massive, constituent également des mécanismes essentiels dans le processus de déni commun du deuil.

 Le déni commun du deuil dans la psychose

Le patient psychotique est le réceptacle du déni familial du deuil que le sujet parachève. En effet, dans la psychose il y a un gèle et une absence de fantasmatisation du processus de deuil. Paul Racamier parle de deuil « défantasmé », « démentalisé », déreprésenté » chez les patients psychotiques. Le deuil dénié par les parents est gelé, mais il effracte la psyché de l’enfant par des mécanismes de projection et d'injection. « Ces expulsions et ces injections sont des agirs toxiques, des traumas, des dettes insolvables qui produisent des fantômes » selon P. Racamier.

3. Les dénis collectifs ou négationnisme

Les dénis collectifs s’attachent aux catastrophes sociales, guerres, crimes de guerre, génocides, barbaries voire catastrophes naturelles. Il s'agit de négationnisme, il est intéressant de penser également autour des théories négationnistes et de se poser la question de l’irreprésentable.

C- Les contrats pervers

1. Le couple pervers J. Clavreul

J. Clavreul a mis en évidence l’importance du secret dans le contrat pervers. Une alliance fondée sur le secret entre les deux sujets concernant leur pratique et leur mode de fonctionnement. Le tiers est exclus, mais il a son importance puisque c’est l’exclusion de ce même tiers qui scelle le contrat, lui donne sa valeur et en est la condition primordiale. Le contrat pervers ne peut en effet être rompu, seulement lorsque le secret est dévoilé à un tiers.

2. Les exigences du contrat pervers Piera Aulagnier

La loi qui régit le contrat pervers est celle de la jouissance. Le plaisir est pris comme objet et reste seul garant de l’objet du désir, le manque est nié. Une autre exigence de la mise en scène perverse est l’absence totale de hasard. Rien n’est laissé au hasard dans la mise en scène perverse, il y a une stéréotypie dans la forme et le contenu de la mise en scène. Le fétiche assure que rien n’est laissé au hasard, de cette façon il assure sa part du contrat. Ainsi, la jouissance est la loi qui régit le contrat, une condition absolue prise comme objet. La stéréotypie dans la forme et le contenu constitue également une condition nécessaire, garantie par le fétiche qui honore ainsi sa part du contrat.

3. Le contrat narcissique pervers

 Les contrats narcissique pervers dans les groupes et les institutions Dans une institution quand un pacte est établi, il a le plus souvent pour fonction de maintenir l’intégrité du corps institutionnel. Les mécanismes de défense les plus courants sont le déni (de la différence) et le rejet. Avec le rejet, les individus qui ne s’intègrent pas à l’organisation fantasmatique de l’institution sont rejetés car considérés comme perturbateurs du fonctionnement institutionnel.

 Un cas clinique R. Kaës donne un cas clinique d’institut médico-pédagogique qui illustre parfaitement ce type de fonctionnement pervers axé sur le déni de la différence et le rejet. Il s’agit d’un institut médico-pédagogique qui reçoit des fillettes et jeunes filles de 6 à 14 ans avec retard mental léger, associé à des troubles du comportement. Le recrutement des jeunes filles dans l’établissement est assez symptomatique. Les candidates intègrent l’institution « à l’essai » pendant un mois, période au cours de laquelle elles sont observées de manière à déterminer si leurs profils sont conformes à ce que l’on attend d’elles dans l’institution « une telle est faite ou n’est pas faite pour nous » assènent les dirigeants de l’institution. Si elles ne se plient pas elles ne seront pas acceptées. Ainsi, les membres qui pourraient potentiellement perturber le fonctionnement de l’institution sont rejetés. Il faut se plier à la règle implicite de l’institution qui est « adhère au fonctionnement ou pars ». Tout changement, toute innovation est proscrite et évitée. La crainte sous tendant ces aménagements défensifs est la crainte d’une scission, et une angoisse d’éclatement au sein de l’institution. Les nombreuses règles de l’institution: les deux religieuses ont seules le pouvoir décisionnaire, exercé avec autorité ; le personnel est dépendant et soumis à leur autorité ce qui tend à éviter le conflit, pour tenter de maintenir l’unité, un idéal de solidarité est prêché comme une idéologie par les deux religieuses en chef : la cohésion de l’institution se fait autour de la référence religieuse dans une représentation commune de ce qu’il doit être. Toutes les règles font référence à l’unité de l’institution et la similarité de ses membres, et impliquent ainsi un déni de leur différences, fonctionnelles, statutaires et individuelles. Le déni de la différence se traduit de façons diverses dont le fait que toutes les éducatrices et institutrices soient appelées « moiselles » par les enfants. De plus, la référence religieuse commune est également au service du déni de la différence, du maintien de la cohésion et de la neutralisation des angoisses de perte et de morcellement dans l’institution. En effet, les réunions de groupe sont systématiquement organisées autour d’un unique thème : celui du sentiment de ne faire qu’un tous ensemble « Nous sommes un seul corps, un seul esprit, celui de Jésus; en lui nous ne faisons qu’un ». La référence religieuse est ici utilisée pour ancrer l’alliance dans une sacralisation de l’unité. Ainsi, les enfants comme les adultes sont maintenus dans une dépendance quasi vitale à l’institution. En conséquence il y a chez les membres de l'institution une impossibilité à exprimer leurs désirs propres, ce qui conduirait fantasmatiquement à l’éclatement où à la division de l’institution et du couple des sœurs particulièrement. L’angoisse que sous tend ici l’expression d’un désir propre renvoie à ce que ces enfants ont pu vivre dans leur sphère familiale, est dans la répétition. Les enfants peuvent seulement s’exprimer au nom de l’institution et n’ont pas de possibilité de subjectivation. L’alliance pathogène et le contrat pervers maintiennent ici l’alliance aliénante qu’ils sont supposés interrompre. Le contrat pervers entretien la psychiatrisation des enfants. L’institution est malade de la maladie qu’elle soigne.

4. L’alliance sectaire

 Trois aspects essentiels de l'alliance sectaire.

L’alliance sectaire est une alliance perverse dont E. Diet distingue trois aspects essentiels. Tout d'abord l’emprise, l’aliénation sectaire est sous tendue par une emprise perverse, un « meurtre d’âme » empreint de violence destructrice. Ensuite, l’incestuel car selon l'auteur, les sujets traumatisés par l’expérience sectaire ont souvent été confrontés à une expérience incestuelle et à son déni. Mais ceci n’est pas linéaire, et l’aliénation sectaire s'origine avant tout dans la rencontre aléatoire entre une secte et un gourou. Ainsi, l’alliance aliénante dans les structures sectaires n’est pas automatique. Enfin, la répétition du scénario pervers est un aspect majeur de l'alliance sectaire. En effet, la secte serait le lieu de la répétition d’une fantasmatique perverse.

 Principes organisateurs de l'alliance sectaire.

Un principe essentiel de l'alliance sectaire est la disqualification du groupe primaire d’appartenance au profit de la secte. Une telle disqualification se caractérise par le désaveux de la filiation, pour en reconstruire une nouvelle : salvatrice. Ensuite, la rencontre entre le désir d’aliéner du groupe sectaire est également centrale, et le fonctionnement psychique des sujets marqués par l’incestuel. La question du désir d’auto-aliénation chez le disciple est aussi questionnant.

D- Les alliances psychopathiques destructrices

J. Pinel a proposé la notion d’alliance psychopathique. Il s’agit d’une alliance organisée, avec un fonctionnement et des rôles définis, dans le but de perpétrer une attaque visant à exercer une emprise, dominer ou détruire la ou les victimes (gang, secte). Ces alliances peuvent comporter des composantes perverses. La caractéristique spécifique à l’alliance psychopathique est le déni commun de la différence des générations. Elle se distinguent des alliances perverses où le déni commun porte sur la différence des sexes. Néanmoins, il existe des processus liés aux alliances psychopathiques et communs aux contrats pervers. D'une part, le déni de la différence qui reste le déni en commun maintenu par l’alliance. D'autre part, le processus de destructivité envers l’autre, en effet, ce type d'alliance tend aussi à satisfaire les pulsions destructrices

E- Les alliances défensives par « l’adaptation à n’importe quoi » S. Amati-sas a introduit un nouveau type d'alliance spécifique caractérisé par « l’adaptation à n’importe quoi ». Une forme d'alliance où les sujets de l’alliance, face à une situation catastrophique font « comme si » rien ne se passait.

 Distinction entre le pacte dénégatif et « l’adaptation à n’importe quoi » Le pacte dénégatif se distingue essentiellement de " l'adaptation à n'importe quoi " en cela que cette forme particulière d'alliance s’inscrit dans la relation d’objet et dans la subjectivité. Ainsi, le pacte dénégatif implique que l'accès à une position différenciée, alors que " l’adaptation à n’importe quoi " se situe en deçà du processus de différenciation, car s’adapter revient à s’indifférencier. Puis, le pacte dénégatif s’inscrit dans des changements durables, associés à un contexte social (régime politique totalitariste, répressif…), alors que l’alliance défensive par « l’adaptation à n’importe quoi » réfère plutôt à des situations des changements catastrophiques et subits. S. Amati-sas, qui a spécifiquement étudié la question de la honte apporte une distinction complémentaire. En effet, la honte dans l'alliance adaptative est liée à l'aspect extrême de la situation, et résulte de la découverte de cette capacité d’adaptation à des situations infâmes, qui terrorise le sujet. Le sujet est confronté à la surprise de la découverte de cette capacité qu’ils ne pensaient pas posséder. En revanche, la honte dans le pacte dénégatif, réfère au ressenti de transgression ou de déloyauté envers le groupe d’appartenance et l’idéal du moi de ce groupe.

CONCLUSION

L'apport de la théorisation à propos des alliances inconscientes proposée par R. Kaës est essentiel. L'auteur a permis de mettre en évidence une psychopathologie spécifique affectant les groupes, les couples, les familles et les institutions. Ces réalités cliniques permettent de penser non seulement l'intersubjectif, mais aussi le transsubjectif. L'enjeu majeur est alors d'éclairer la compréhension de phénomènes psychiques, qui ne peuvent être uniquement mis en évidence par le modèle psychanalytique freudien, fondé sur une conception théorique de l'intrasubjectif. René Kaës expose aussi avec la conceptualisation des alliances inconscientes la nécessité d'envisager ces trois niveaux de fonctionnement et leur potentielle articulation.



Publié le 30/06/2010 Par Lotte Anais
 

Commentaires

Claire
Posté le Jeudi 04 Novembre 2010 à 00:08:40

Bonjour,

Je recherche la référence du livre de MT COUCHOUD cité ici ainsi que celui de M. FAIN.
Est-ce que l'auteur de l'article peut m'éclairer?

Merci par avance!
Claire.

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