Processus de symbolisation narcissisme et agirs

Lundi 28 Juin 2010




Anaïs Lotte-Psychologue clinicienne-Cabinet ParisPsy

PROCESSUS DE SYMBOLISATION, NARCISSISME ET AGIR

Réflexions et notes de lecture 

Lotte Anais

SOMMAIRE

I/ Le rôle de la relation objectale sur le développement des processus de pensée

"Note sur les processus de pensée et la relation d'objet" - Philippe Jeammet

1- Le rôle de la relation objectale dans les acquisitions psychiques nécessaires à l'émergence de la pensée

2- Les effets pathogènes de la défaillance des assises narcissiques sur la pensée

3- Le rôle des défauts d'élaboration de la fonction contenante: les pathologies limites de l'enfance

II/ Le rôle du narcissisme dans le processus de symbolisation

"Les assises narcissiques de la symbolisation" - P. Jeammet

1- Introduction au concept de symbolisation

a) Définition et fonction de la symbolisation

b) Les mécanismes impliqués dans le processus de symbolisation

2- Les implications narcissiques de la symbolisation

3- La constitution des assises narcissiques: leurs implications psychopathologiques concernant le processus de symbolisation

4- L'agir à l'adolescence: ses relations avec le narcissisme et l'activité symbolique

a) Introduction au processus adolescent

b) Le recours à l'agir

5- De l'agir au processus de symbolisation

a) Les effets de l'étayage

b) L'étayage défaillant

III/ Une analyse croisée: aux sources de la pensée créatrice

"Un souvenir d'enfance d'Honoré de Balzac" - Thérèse Tremblais-Dupré

1- La blessure narcissique, le traumatisme initial

2- Le mouvement créatif

I/ LE ROLE DE LA RELATION OBJECTALE SUR LE DEVELOPPEMENT DES PROCESSUS DE PENSEE

"Note sur les processus de pensée et la relation d'objet"

Philippe Jeammet

Dans son article "Note sur les processus de pensée et la relation d'objet", P. Jeammet met en évidence la relation entre le développement des processus de pensée et la qualité de la relation objectale dans les premiers temps de la vie. En l'occurrence, une relation d'échange entre le sujet et son environnement est nécessaire pour que se développe le Moi, dans un contexte de conflit d'investissements réciproques. Ainsi, l'émergence et le développement de la pensée dépendent de la qualité de la relation objectale. L'auteur envisage plus particulièrement les effets potentiellement pathogènes de la relation objectale sur le fonctionnement du Moi et ses activités de pensée.

1- Le rôle de la relation objectale dans les acquisitions psychiques nécessaires à l'émergence de la pensée

La pensée émerge et se développe, en lien avec le jeu dialectique de la présence et l'absence de l'objet. En effet, la qualité de la relation objectale tient un rôle fondamental dans le développement des processus de pensée, en permettant à l'objet d'être envisagé dans sa différence et son individualité, et ainsi de faire exister le sujet en miroir dans son propre désir.

Si l'adaptation de l'environnement aux besoins de l'enfant est défaillante, par un défaut ou un excès de présence, une frustration excessive est éprouvée par le sujet. Le poids de la dépendance au monde externe et aux objets se fera alors ressentir par le sujet de façon excessive et précoce. Dans ce contexte, le jeu de la présence et de l'absence est entravé, ainsi que l'accès à sa valeur dialectique. Toutereprésentation de l'absence implique alors psychiquement une menace contre l'intégrité moïque. Un traumatisme initial, dont l'effet sera de fragiliser les assises narcissiques du sujet. Conjointement à cet éprouvé de dépendance accru et précoce, la fragilisation des assises narcissiques aura pour effet un surinvestissement du monde extérieur sous forme de dépendance, ceci au détriment de l'investissement du monde interne. Un défaut d'investissement qui empêche et fait entrave au processus d'intériorisation. Un défaut d'intériorisation dont l'effet sera de fragiliser d'autant plus les assises narcissiques, ainsi que de renforcer l'insécurité et la menace de perte liée à un rapproché objectal. Consécutivement la mise en place d'un système défensif aura pour effet de lutter contre la menace qu'un rapproché objectal fait peser sur le narcissisme. Le conflit psychique central se situe alors entre investissement objectal et préservation de l'intégrité narcissique.

Parallèlement à un impact potentiellement pathogène de la relation objectale, l'aire transitionnelle de D.W. Winnicott illustre les conditions d'un développement favorable du sujet, associant investissements narcissiques et objectaux. En effet, un investissement mutuel et adapté permet que se constitue un narcissisme de qualité. De telles assises narcissiques se trouvent être non seulement, au fondement du sentiment de continuité de soi, mais aussi de la constitution de limites contenantes pour le sujet

Ces acquis développementaux vont contribuer à l'émergence de capacités différenciatrices et à la capacité d'intériorisation des limites ( du Moi et de l'appareil psychique). De plus, apporter un sentiment de sécurité interne, un sentiment de toute puissance nécessaire à la confiance, issue de l'expérience princeps de la bonne adaptation de l'environnement à l'enfant.

2- Les effets pathogènes de la défaillance des assises narcissiques sur la pensée

La qualité des interactions précoces est donc essentielle liée au développement de la pensée et en édifie les fondements grâce à des assises narcissiques suffisamment solides. Néanmoins, sur un plan psychopathologique, lorsqu'il y a échec précoce de la constitution des assises narcissiques primaires, l'objet peut potentiellement faire effraction traumatique dans le Moi. S'opère alors la mise en place précoce de défenses anti-objectales. P. Jeammet distingue trois types de défenses.

Tout d'abord, les défenses autistiques où le sujet se détourne activement de l'objet. Il s'agit d'un contre-investissement des activités du Moi, ou du corps dans sa tonicité, qui sert l'évitement. Ainsi, l'objet est contourné mais pas détruit.

En revanche, lorsque les défenses sont de type psychotique, il y a une attaque, voire une destruction des liens objectaux. Une destructivité qui s'opère moins fantasmatiquement, que par le désinvestissement des représentations inconscientes de choses. Le mot-chose chez le patient schizophrène est paradigmatique des effets engendrés par une telle organisation défensive sur les processus de pensée.

Enfin, les autres défenses ou il y a un aménagement partiel de la relation objectale, mais par des procédés potentiellement couteux pour le moi et ses capacités. Cela peut engendrer des troubles des apprentissages essentiellement de l'ordre de l'inhibition des potentialités cognitives.

Lors d'atteintes des assises narcissiques, mais en l'absence de conflit majeur, il peut y avoir une évolution satisfaisante des potentialités moïques, mais au prix d'une dépendance narcissique aux objets. Un étayage de qualité suffisante est également nécessaire. Les difficultés peuvent se révéler à l'adolescence avec la réactualisation de la problématique de séparation et la menace de perte de l'objet narcissique d'étayage y étant associée. Cela peut donner naissance à des pathologies du liens telles que les pathologies limites et les conduites d'addiction où l'objet d'addiction placé sous emprise, sauvegarde la relation d'objet et le narcissisme.

3- Le rôle des défauts d'élaboration de la fonction contenante: les pathologies limites de l'enfance

René Misès, dans "Les pathologies limites de l'enfance" met en évidence que les défaillances de la fonction contenante peuvent provoquer d'importants troubles des fonctions cognitives et praxiques. En effet, ces défaillances réveillent les failles narcissiques issues des difficultés inhérentes à la relations d'objet précoce, et de l'établissement d'une aire transitionnelle efficace.

Ainsi, lorsque la mère échoue dans son rôle de pare-excitation, l'enfant échoue également à l'intériorisation de cette fonction contenante. Malgré l'émergence d'un appareil psychique différencié, le préconscient n'assure alors pas pleinement ses fonctions de liaison concernant le langage. De plus, les processus secondaires perdent de leur souplesse et particulièrement les mécanismes de déplacement. Or, ce sont des mécanismes essentiels à l'utilisation symbolique du langage, mais les processus secondaires sont investis dans la maîtrise des objets externes au détriment de leur rôle de liaison.

II/ LE ROLE DU NARCISSISME DANS LE PROCESSUS DE SYMBOLISATION

"Les assises narcissiques de la symbolisation"

P. Jeammet

1- Introduction au concept de symbolisation

a) Définition et fonction de la symbolisation

La racine grecque du verbe symboliser signifie "joindre, approcher". Une étymologie qui met en évidence la notion de liaison. Or le lien se trouve être à la base de l'activité de symbolisation, qui suppose en effet, la mise en relation d'un objet à un signe. La fonction essentielle de la symbolisation est de créer et maintenir un écart, une différence entre le symbole et l'objet symbolisé.

L'enjeu primordial du processus de symbolisation est de préserver le lien entre l'objet et le symbole, tout en maintenant la différence. En effet, un écart suffisant est nécessaire pour qu'il n'y ait pas de confusion, mais ce même écart ne doit pas être trop important de façon à maintenir le lien objectal. Certains éléments apparaissent donc cruciaux dans l'établissement de la fonction de symbolisation tels que les capacités différenciatrices du sujet issues de la négociation de la séparation avec l'objet primaire et l'élaboration de la perte associée à la qualité du lien objectal.

b) Les mécanismes impliqués dans le processus de symbolisation

Les mécanismes impliqués dans l'activité symbolique appartiennent aux processus secondaires, comprenant essentiellement des mécanismes de déplacement. L'activité de symbolisation sollicite donc chez le sujet sa capacité à secondariser.

A l'instar, un défaut de symbolisation chez l'individu peut être consécutif à une défaillance de la secondarisation. A titre d'exemple, la prévalence du registre primaire chez le psychotique fait entrave au processus de symbolisation, l'écart entre symbole et objet symbolisé n'existe pas. Ainsi, le symbole est l'objet du symbole, comme en témoigne le rapport réaliste et matériel, qu'entretien le schizophrène au mot, le mot est traité comme une chose, ils sont confondus, sans écart possible.

2- Les implications narcissiques de la symbolisation

La présence de capacités de symbolisation, ainsi que la qualité de l'activité symbolique d'un individu est en relation intrinsèque avec la qualité des assises narcissiques du sujet. En effet, P. Jeammet souligne que l'activité symbolique suppose des assises narcissiques suffisamment solides impliquant certains acquis primordiaux. En premier lieu, des capacités de différenciation sujet/objet, qui impliquent non seulement que le qualité de la relation objectale soit suffisamment différenciatrice, mais aussi sécurisante, liante et libidinale. Conjointement, le rôle de l'aire transitionnelle est essentiel car elle permet d'assurer la différenciation sujet/objet, tout en maintenant le lien objectal. L'intériorisation de cette différence est également essentielle afin que puisse émerger une différenciation interne des instances psychiques. En second lieu, l'acquisition de limites suffisantes et sécurisante, ainsi que le présence d'un tiers séparateur.

Conjointement, Gibeault ajoute que le processus de symbolisation suppose, non seulement la capacité à se représenter l'absence de l'objet, où le manque et l'écart entre le symbole et l'objet symbolisé. Mais aussi, la possibilité de secondarisation, de déplacement et ainsi, à savoir que le symbole n'est pas l'objet symbolisé. Les acquis développementaux mis en évidence par Gibeault renvoient à la question du tiers proposée par P. Jeammet, un tiers qui puisse juger du rapport de symbolisation, faire tiers à l'activité symbolique.

L'activité symbolique requiert donc des assises narcissiques suffisamment solides, telles que le sujet puisse s'engager dans un processus différenciateur avec l'objet, sans que cela n'implique le fonctionnement psychique entier du sujet et ne représente ainsi une menace pour l'intégrité narcissique. Seuls de tels acquis permettront d'assurer le jeu d'investissement entre liaison et différenciation nécessaire à l'émergence d'un processus de symbolisation. Ces acquis au niveau du processus de symbolisation assurent donc que le rapport de différenciation entre l'objet symbolisé et le symbole n'implique pas le fonctionnement psychique entier du sujet, voire son intégrité narcissique.

En conséquence, de telles acquisitions permettront aux introjections de soutenir le développement du Moi et des activités de penser, et de favoriser l'émergence des identifications secondaires, narcissisantes pour le sujet.

Parallèlement, la restauration narcissique s'instaure à partir de la relation objectale, et grâce à l'aménagement d'une aire transitionnelle d'échange qui donne base à un plaisir de fonctionner; nourri de la qualité de la relation objectale mais hors de toute indifférenciation sujet/objet. Le tissu narcissique restauré permettra que se développe une conflictualisassions tolérable de la relation objectale. A cette seule condition, les processus de différenciation et de séparation n'auront pas de conséquences psychopathologiques pour le sujet.

3- La constitution des assises narcissiques: leurs implications psychopathologiques concernant le processus de symbolisation

Le développement des assises narcissiques est directement interdépendant de la qualité de la relation objectale. La fragilisation des assises narcissiques a des effets psychopathologiques concernant l'activité de symbolisation.

P. Jeammet dans "Note sur les processus de pensée et la relation d'objet", met en évidence, une fragilisation des assises narcissiques lorsque la qualité de la relation objectale, dans les premiers temps de la vie, n'est pas suffisamment bonne. Un antagonisme des investissements entre relation d'objet et sauvegarde narcissique peut alors avoir pour conséquence un investissement défensif du narcissisme.

Dans certains cas, un tel investissement défensif se traduit par des modalités de recours à l'agir, où l'objet est psychiquement exclu. L'objet s'efface en tant que tel, mais demeure inclus dans le fonctionnement du sujet, en tant qu'il représente une menace narcissique. Il y a une fonction anti-narcissique à l'investissement objectal et consécutivement, la part libidinale s'efface au profit de la maîtrise exercée sur l'objet. Se développe également un autoérotisme négatif et destructeur, qui ne s'avère pas porteur des activités de plaisir et des mouvements libidinaux liés à l'objet, comme l'auto-érotisme libidinal qui sert le lien objectal. Ainsi, les mécanismes d'introjection sont entravés, ce qui a pour conséquence un défaut d'intériorisation ainsi qu'un empêchement de l'investissement du monde interne et du développement des activités de pensée. L'activité de rêverie, la recherche de satisfaction hallucinatoire de plaisir qui permet de penser l'objet absent ne se développent pas, car ces activités qui s'étayent sur la qualité des intériorisations. Or, l'activité de rêverie est prototypique de la symbolisation.

Conjointement à ces insuffisances narcissiques internes, l'équilibre narcissique est supporté essentiellement par l'étayage sur les objets externes, dans un mouvement de contre-investissement de la réalité interne. Ceci aura pour conséquence une difficulté importante du processus d'autonomisation, avec des éléments de confusion sujet/objet, engendrant des éléments référant à une pathologie des limites.

Au développement de la pensée entravé, et à la défaillance des limites, se substitue une quête de sensation et de stimulation somatique. Des conduites agies, voire à risque, révélatrices de la défaillance des assises narcissiques du sujet. En effet, une telle recherche de sensation implique une quête identitaire, une tentative de symbolisation, une quête de sens et de limite. Les sensations tiennent lieu d'objet et permettent au sujet de se sentir exister, ce qui peut être considéré comme une forme de fétichisation du risque.

4- L'agir à l'adolescence: ses relations avec le narcissisme et l'activité symbolique

P. Jeammet dans "Les assises narcissiques de la symbolisation" s'attache essentiellement à souligner la relation entre les aléas du processus de symbolisation et l'agir à l'adolescence. Ainsi, le recours à l'agir peut-il être envisagé comme une tentative de symbolisation? Une recherche de sens?

a) Introduction au processus adolescent

Tout d'abord, le processus adolescent implique la réactivation de la problématique de séparation et de la conflictualité autour de la relation objectale. Mais aussi, la reviviscence de la problématique œdipienne et de la pulsionnalité, ainsi que des remaniements narcissiques primordiaux.

Ainsi, à l'adolescence, la problématique de séparation est centrale et nécessaire car la sexualisation du corps, rend possible dans la réalité la réalisation des désirs œdipiens. La sexualisation liée à la puberté et la réactivation de la problématique oedipienne à cette période, sous tendent donc la nécessité de la séparation. La vivacité de la problématique de perte compromet le rôle de support, d'étayage narcissique de l'objet et entraine une fragilisation narcissique.

De plus, le travail de l'adolescence implique conjointement, la désidéalisation des Imago parentaux idéalisés de l'enfance. Les Imagos parentaux idéalisés doivent perdre de leur coloration œdipienne et être confrontés à la réalité. En conséquence, la problématique de séparation renforce la dépendance objectale et le sujet se trouve donc dans un mouvement conflictuel fluctuant entre dépendance, besoin objectal et préservation de l'intégrité narcissique. Or, le travail de l'adolescence exige le parachèvement des identifications, la confirmation de la solidité des acquis internes. L'adolescence est un processus révélateur de la qualité du travail de la latence.

b) Les fonctions du recours à l'agir

Le recours à l'agir peut constituer une réponse possible au conflit entre besoin objectal et intégrité narcissique. Selon P. Jeammet, l'agir représente un mode de figuration corporel, une pré- forme de symbolisation. En effet, le recours à l'agir présente différentes fonctions au niveau psychique.

Tout d'abord, le recours défensif à l'agir permet d'affirmer son identité dans l'acte, voir de la sauvegarder. En ce sens, l'agir peut être envisagé comme une pré-forme de symbolisation, un mode de figuration.

Ensuite, recourir à l'agir confère au sujet un sentiment de maîtrise sur l'objet. Puis, une fonction essentielle d'un tel type d'organisation défensive, est de rétablir les limites et la différenciation objectale. Les limites sont matérialisées dans l'agir au prix du lien objectal. L'agir possède alors un rôle défensif contre l'effacement des limites et la menace d'indifférenciation. Ainsi l'agir préserve de l'indifférenciation, mais au prix du lien objectal puisque la défense consiste à dénier ce qui peut faire lien. P. jeammet souligne donc que l'agir ne sert pas le lien et est un mauvais moyen de figuration, en tant qu'il s'oppose au travail de symbolisation. En effet, l'agir défensif empêche de faire lien entre le symbole et l'objet symbolisé.

Enfin le recours à l'agir suppose un mouvement de projection des mauvais objets internes, potentiellement persécuteurs sur le monde extérieur, car porteurs du désir envers l'objet. La projection parfois massive a une fonction anti-introjective, anti-représentative, anti-symbolisante, quand il y a un désinvestissement du monde interne.

Ainsi, l'altération de l'activité de symbolisation est aux sources de l'agir et inversement:"l'agir aussi figuratif soit-il s'oppose au travail de symbolisation" et a pour fonction de "sauvegarder la différence au prix du déni de ce qui peut faire lien et sens entre le symbole et son objet". L'auteur conçoit le recours à l'agir comme une perte de sens massive, voire une tentative de faire disparaitre le sens. L'agir freine la communication, privilégie la décharge pulsionnelle, donc le recours aux processus primaires plutôt qu'aux processus secondaires, tels que le mécanisme de déplacement indispensable au travail de symbolisation.

5- De l'agir au processus de symbolisation

P. Jeammet met en évidence de quelle manière la qualité de l'étayage fait effet sur le recours à l'agir en lien avec l'activité de symbolisation dans un rapport inversement proportionnel. L'auteur illustre cette relation grâce à l'expérience clinique en entretien d'évaluation auprès d'adolescents souffrant de troubles du comportement et l'évolution de leur fonctionnement.

a) Les effets de l'étayage

Un étayage de qualité du sujet sur son interlocuteur lors de l'entretien, permet de relancer le plaisir à fonctionner dans l'échange. Une évolution s'effectue d'un registre de fonctionnement primaire et archaïque ( déni, projection ou mode de fonctionnement opératoire sans référence au monde interne), à un fonctionnement névrotique avec des conflits organisés autour d'imagos différenciés. Le plaisir de l'adolescent s'étaye donc sur le plaisir à penser de son interlocuteur. Un tel étayage favorise ainsi le plaisir à penser, la curiosité intellectuelle et la reprise de l'activité de pensée.

Les effets de l'étayage peuvent également s'observer selon le rapport entre les variations des mouvements transférentiels et la fluctuation des mouvements de dé symbolisation-resymbolisation.

En réalité l'affect est ressenti comme un représentant de l'objet intrusif à l'intérieur du sujet et déborde l'activité de représentation. La capacité de symbolisation disparait donc lorsque l'affect prend le pas sur l'activité de représentation. L'entrave faite à la capacité à symboliser sera d'autant plus importante que l'individu s'éprouvera menacé dans ses limites et son autonomie. Il est question d'une double menace, de l'intérieur par l'affect, et de l'extérieur avec la menace qu'implique le rapproché et le désir objectal. Inversement l'activité de symbolisation réapparait en fonction de la capacité à renouer une relation différenciée avec l'objet.

b) L'étayage défaillant

Lorsque l'étayage fait défaut, émergent les éléments les plus archaïques du fonctionnement de l'adolescent tels que le recours aux défenses psychotiques ou des mouvements de retrait avec des éléments de dépressivité, de déflation narcissique, voire de négativisme. Le plus intéressant à observer sur le plan clinique, est alors la capacité de l'adolescent à utiliser l'autre pour sortir de son registre de fonctionnement.

En conséquence, le rôle contenant et étayant de l'objet est essentiel dans le développement des processus de symbolisation. Mais surtout, l'objectalisation est nécessaire au développement des activités de symbolisation. En effet, chez ces adolescents souffrant de troubles du comportement, l'étayage permet d'apporter de la contenance à un espace psychique alors indifférencié.

La restauration d'une relation objectale tolérable permettra de créer les conditions d'un étayage où pourra s'ancrer la restauration des assises narcissiques. Rétablir la fonction de contenance est donc primordial, afin de permettre la reprise des processus de déplacement et de la fonction symbolisante.

III/ UNE ANALYSE CROISEE: AUX SOURCES DE LA PENSEE CREATRICE

"Un souvenir d'enfance d'Honoré de Balzac"

Thérèse Tremblais-Dupré

La "Notice biographique sur Louis Lambert" parut en 1832, Balzac remaniera cette première version avec sept reprises successives, et trouve seulement un titre définitif au tome XVI de la Comédie Humaine; en 1846 deux ans avant sa mort. L'auteur considère ce récit comme son œuvre de prédilection, son chef d'œuvre. L'écriture de "Louis Lambert" laissera sur lui son empreinte, "je travaille jour et nuit… Il a fallu répondre glorieusement aux gens qui disent que je suis fou". L'Œuvre, obsédante et envahissante, fut primordiale dans le mouvement créatif de l'auteur.

L'Œuvre introduit un nouveau genre littéraire, celui des souvenirs d'enfance et de jeunesse. En effet, le récit présente une nouveauté: le recours à un narrateur ami intime du héros et s'exprimant à la première personne. Balzac à la suite de l'écriture de ce livre est hanté par la peur de devenir fou comme son héro. Louis Lambert et Honoré de Balzac semblent être les deux facettes d'un même personnage, "Louis Lambert c'est lui-même" dit-il. En effet, l'histoire de Louis Lambert retrace le destin d'un géni dont l'intelligence se heurte à la schizophrénie. Parallèlement le récit reflète concernant l'auteur, l'auto analyse du développement de sa pensée et le destin de sa créativité. En l'occurrence, H. de Balzac s'interrogea toujours sur l'origine et la nature de son géni et de sa créativité.

Outre le développement des processus de pensée, la double lecture de cette œuvre proposée par Thérèse Tremblais-Dupré met en évidence, tant concernant Balzac que son héros, les modalités défensives ayant permis de transformer le traumatisme originaire en mouvement créatif.

1- La blessure narcissique, le traumatisme initial

La blessure narcissique fondamentale de Balzac, issue du désinvestissement narcissique et des carences maternelles précoces, constitue un traumatisme initial que va devenir en écho, celui de la séduction précoce chez Louis Lambert.

En effet, un frère cadet, né un an avant Honoré est décédé alors qu'il était encore nourrisson. D'après T. Tremblais Dupré, le fantasme maternel de désir mortifère à laissé son empreinte sur la psyché de l'enfant. Il est alors intéressant d'envisager le mouvement créatif de l'auteur, en relation avec ce mouvement destructeur menaçant la psyché. En effet, le frère mort introjecté se matérialise en Louis Lambert, double de Balzac et expression d'un Moi Idéal Mégalomaniaque. Ce double est comparable à celui que décrit Freud dans "l'Inquiétante étrangeté" . Un doubleporteur des idéaux déçus, des "éventualités non réalisées de notre destinée dont l'imagination ne peut pas démordre". L'avidité à connaitre, penser et créer chez Balzac peut s'explique par cet investissement mortifère de la mère envers son enfant, elle-même dévitalisée par son absence de désir. Ce désir mortifère porteur de destructivité pour la psyché de l'enfant, est défendu sur un mode compensatoire par la tension hallucinatoire associée au processus de création qui permet donc de rendre vie à l'espace psychique menacé. L'investissement de la pensée créatrice permet ainsi d'échapper à la mère sadique. En effet, à travers son personnage, H. de Balzac engendre sa propre théorie de l'origine par une double identification au père et à la mère de l'origine.

Honoré et Louis Lambert sont tous deux des enfants présentant une précocité intellectuelle évidente. Chez Honoré, il y a une boulimie de lecture, une excitation intellectuelle permanente, visant à compenser les carences issues du désinvestissement maternel, "le refuge dans les livres était un contre investissement à l'attente de sa mère".

2- Le mouvement créatif

A l'adolescence, l'investissement sublimatoire du désir dans son œuvre littéraire a certainement permis à l'auteur de maintenir le lien à l'objet et d'éviter un repli narcissique hallucinatoire. En effet, à cette période H. de Balzac a développé une symptomatologie de type psychotique avec un retrait social complet, une hébétude, une perte de contact avec le monde extérieur ainsi que des bizarreries et des états confusionnels. Ces éprouvés ont engendré chez l'auteur la crainte de la folie, mais ont permis de soutenir la pertinence géniale avec la quelle l'auteur décrit les processus psychiques impliqués dans la schizophrénie.

A l'instar, la pensée chez Louis Lambert, permet de donner contenance à une pulsionnalité massive en lui donnant sens et forme langagière. En effet, la séduction précoce effractante et traumatique, dans un excès de présence et d'excitation maternelle, a empêché que se constitue la fonction pare-excitante chez l'enfant . Il y a donc un déplacement du surplus d'excitation ne pouvant être contenu, dans les mots. Le personnage entretien avec eux une activité auto-érotique, compulsive et masturbatoire. Les mots ont alors une fonction pare-excitante, d'étayage et de contenance face à la désorganisation pulsionnelle.

De plus, l'élaboration de la perte apparaît comme problématique pour Louis, qui ne parvient pas après la première séparation du milieu familial à engager un travail de deuil. Le vécu de perte reste vivace et entraine un état dépressif. Le replis narcissique tend alors à protéger de la perte, et se traduit par un surinvestissement du monde interne. L'utilisation autoérotique de la pensée, à travers l'usage du langage apparaît alors, ainsi que le retrait dans les expériences mystiques et imaginaires. Néanmoins, la pensée elle-même devenue destructrice a attaqué l'objet de la création. L'issue pour Louis Lambert a été le retrait psychotique, la non-pensée, le "nirvana".



Publié le 28/06/2010 Par Cindy
 

Commentaires

Pas de commentaire

Laisser un commentaire

 Suivez nos actus

Participer a une étude

Etude sur les parents éprouvant des difficultés avec leurs enfants pendant l'adolescence
Dans le cadre de mon master de recherche, je cherche à contacter des couples qui se disent en grande difficulté à cause de leurs enfants adolescents. L'idée est de réfléchir à des contacts autour de vous, de prèt ou de loin qui se plaignent de violences de la part de leurs adolescents (insultes, agréssivité..).
(Adolescent entre 11 et 18 ans environ)
Demander à participer

Demander à ajouter une étude